30 octobre 2007

Copa 2014, la der des ders ?

Le Brésil se voit donc confier aujourd’hui l’organisation de la Coupe du Monde de football. Comme en 1950, faute de concurrents, mais dans un contexte différent. Au sortir de la deuxième guerre mondiale, il n’était pas envisageable d’organiser un tel événement en Europe. Pour 2014, la règle dite de l’alternance des continents s’applique : la Colombie ayant jeté l’éponge et le Venezuela n’ayant pas mis ses menaces à exécution, le Brésil s’est retrouvé seul en lice.

Sept ans, cela passe vite, a-t-on coutume de dire, manière de penser que le monde ne changera guère dans un laps de temps aussi court. Mais est-ce si sûr dans le cas qui nous occupe ?

Si de tout temps les incertitudes ont été innombrables et que le pire n’a jamais été sûr, reste qu’il ne fait pas de doute que les années qui viennent seront celles de grandes tensions sur l’énergie, les matières premières et l’alimentation.

Dans Le Monde de samedi, Éric Le Boucher est revenu, avec tout le talent de provocateur qu’on lui connaît, sur le Grenelle de l’environnement, qui s’est tenu à Paris en présence non seulement d’acteurs français mais aussi d’invités étrangers, au premier rang desquels un Al Gore qui a su se rendre incontournable.

La chronique d’Éric Le Boucher a l’immense mérite de déchaîner les foudres de ses lecteurs, tant de gauche que de droite, ce qui est plutôt le signe qu’il vise juste, autrement dit qu’il met le doigt là où ça fait mal.

Pour les uns, Éric Le Boucher est un suppôt de Satan, au sens chavezien du terme, qui sent le soufre de l’ultra-libéralisme. Pour les autres, les situations décrites cèdent à un catastrophisme nourri par une sorte de mauvaise conscience. Mais sur l’avénement d’un basculement de nos repères, rien ne les différencie dans leurs arguments, sinon les dates où l’on passera le oil peak (si toutefois elle n’est pas déjà derrière nous !), où les matières recyclées compteront plus que les minerais, où la production agricole devra faire sa révolution.

Tâchons de nous fier à une hypothèse moyenne, c’est à dire la résultante d’une augmentation tendancielle des besoins en énergie, de la diminution des réserves prouvées, d’un faible développement des énergies renouvelable et de l’impact psychologique de cette évolution.

Ce dernier facteur est certes le plus difficile à quantifier. Il est cependant difficile d’imaginer que cet impact ne puisse pas être autrement plus sérieux que celui de la crise dite des sub-primes, qui n’est somme toute que l’effet des dégâts collatéraux résultant de la mise en place d’un système fondé pour une large part sur la tricherie.

S’agissant du pétrole, les faits se révèleront vite têtus. Les records de vente de voitures actuels sur nombre de marchés (chinois, indiens ou brésiliens, entre autres), la révélation des mensonges sur les réserves prétendues aujourd’hui et la panique qui s’en suivra, mettront le feu aux marchés, sans qu’il soit possible d’éteindre l’incendie à coups d’intervention des banques centrales, contrairement aux sub-primes. Et je fais le pari, sans grand risque de me tromper d'ordre de grandeur, que d’ici dix ans, son prix aura été multiplié par dix en monnaie constante.

Dans ces conditions, il est assez simple de prédire que la Copa 2014 se jouera dans des stades peuplés à 90% de spectateurs locaux. En soi, ce n’est pas un scénario qui milite pour le renoncement à son organisation. Il est en effet tout à fait imaginable que les retransmissions sur petit écran dans les foyers et sur grand écran dans toutes les grandes villes de la planète sont en mesure de compenser l’incapacité de se déplacer de l’immense majorité des supporters.

Cependant, il me paraît utile et opportun que l’on aille plus loin. La remise à plat des facteurs de notre environnement économique peut être l’occasion d’une remise à plat des conditions politiques et sociales de notre monde. La question du vivre ensemble doit être repensée.

Comme je l’ai déjà écrit , le sport, de par la symbolique qu’il porte, mériterait de nous donner le signal d’une rupture salutaire avec le toujours plus qui est la marque de notre monde depuis plus de 2000 ans. Si cela peut paraître irréaliste, en finir avec le sport est pourtant une nécessité. Le débat autour de cette question aura l’immense avantage de toucher au plus profond de maintes de nos habitudes quotidiennes et de nous faire passer de l'ère du toujours plus à celle du toujours mieux.

Est-ce si difficile d’en finir aussi vite avec le sport et, en premier lieu, le sport de compétition ? Jamais, les arguments en faveur d’un désintérêt à son égard n’ont été aussi nombreux. Les scandales de dopage se multiplient dans toutes les disciplines, ceux des matches truqués (tennis et football, dans l’actualité récente) pareillement. Et l’histoire nous enseigne qu’il est illusoire de croire à une quelconque rédemption en la matière. Aucun dispositif, médical ou réglementaire, ne viendra à bout de l’envie de tricher.
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