15 juillet 2009

La mort du nucléaire

Une bombe. Atomique. Qui provoque de non moins atomiques réactions. Ainsi, es-tu, lecteur, aspirant un thé vert confortablement installé dans ton fauteuil ergonomique, ou toi, lecteur, dribblant la surveillance de ton petit chef de section, ou toi encore, Salsa en train d’écouter Turi Collura, qui me demandes des nouvelles de la révolution sarkozienne.

Tu es donc là, ami lecteur, et tu vas tomber à la renverse en lisant ce qui va suivre et que je te traduis au lance-pierre :

« Le nucléaire est mort. Je l’ai tué. Cette mort libère 10 milliards d’euros d’investissements qu’on va pouvoir mettre dans les énergies renouvelables et soulager les pays en développement, réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et arrêter la déforestation en 2015. C’est le chemin que va prendre la France. C’est le chemin qu’elle va montrer au monde... »

C’est, grosso modo, comme ça qu’il parle. Qu’il maltraite la syntaxe. Qu’il nous prend pour des cornichons. Sarcô, comme dit Salsa. Sarkozy, oui, oui. Lecteur, attentif que tu es, tu l’avais reconnu. Sarkozy-le-phare-de-ce-monde. Les Lumières faites homme. La bibliothèque d’Alexandrie réincarnée. Celle-là, Chaudanne, elle t’avait échappée.

Et toi, ami lecteur, tu vas reprendre en chœur avec moi, cette forte phrase qui a défrayé la chronique, la nouvelle vraie et vérifiée, à l’allure de fausse nouvelle, cette phrase incendiaire : « Sarkozy, on te voit ! »

Comme tu n’es pas cornichon, ami lecteur, tu cherches le lièvre. Et tu as raison. Mais d’autres que nous, éblouis par le bling bling sarkozien, n’y ont vu que du feu. Et se sont hâtés de relayer la bonne nouvelle à l’ombre de la tour de Babel.

Le lièvre, c’est que les nouvelles courent vite. Très vite. Si vite que nous sommes déjà le 19 décembre. 2009. Oui, ami lecteur. Toi qui sais que les nouvelles, il faut les lire jusqu’au bout. Jusqu’au bout de l’écran.

14 juillet 2009

Quatorze juillet

Quatorze juillet. Au Brésil. L’année de la France au Brésil. Une année ordinaire, peut-être. Je n’ai pas le goût des commémorations, peut-être. Sûrement. Cette semaine, la Bibliothèque publique de l’Espírito Santo fête son 154ème anniversaire. Ce qui semble vouloir dire que la Bibliothèque célèbre chaque année son anniversaire. Comme la République. Sans doute.

Hier, Chaudanne nous a offert en guise de feu d’artifice Biblioteca e Imaginário. Une vision très personnelle de l’idée de bibliothèque. Les bibliothécaires ont apprécié, au premier rang desquels Etel. Moi aussi. Après quoi nous avons emmené Chaudanne boire un verre au Frans Café. Parce que c’était lundi et que le lundi le Café do Canto est fermé. Frans Café jusqu’à minuit. Jusqu’au 14 juillet. Quatorze juillet. Un drôle de film, un drôle de drame, qu’on commémore sans y penser. Depuis trop longtemps.

Sans doute y a-t-il d’autres Bastille à prendre. Sûrement. D’autres révolutions à mettre en orbite. Sans nul doute. De quoi avons-nous devisé au Frans Café ? Quelques souvenirs d’une France qui n’existe plus ont passé. Comme passent les anges.

marine française
Marine française - Gilbert Chaudanne

10 juillet 2009

Grippe A (H1N1) au Brésil – Bilan au 10 juillet

Il y aurait plus de 100.000 Argentins contaminés par le virus de la grippe A (H1N1), et un peu plus d’un millier de Brésiliens. Pareille différence entre deux pays limitrophes peut paraître extravagante. Est-ce le climat, le renoncement des Brésiliens à se rendre en Argentine ? Ou une surévaluation côté argentin, une sous-évaluation côté brésilien ? Sans doute un peu de tout cela.

Au soir du 10 juillet, les autorités compétentes recensaient 1027 cas au Brésil et deux décès, celui d’un camionneur de retour d’Argentine et celui d’une enfant de 11 ans à Osasco, dans l’État de São Paulo.

09 juillet 2009

Efficacité et décontraction

Quelle est la valeur optimale de x pour que le Gx gouverne le monde de la meilleure façon ? C’est un problème qui ne semble pas devoir être résolu de sitôt et qui ne le sera sans doute pas à la fin du sommet de L’Aquila.

C’est une question qui n’a, semble-t-il, pas été abordée par Luiz Inácio Lula da Silva et Barack Obama, ce matin, en marge du G8 et avant une réunion d’un Gy construit sur le modèle de la réalité augmentée.

Il faut dire que l’ordre du jour était des plus copieux pour une réunion plutôt brève. En 30 minutes, Obama a demandé à Lula de faire pression sur l’Iran pour qu’il renonce à développer l’arme nucléaire, Obama a remercié Lula pour l’aide apportée dans la recherche d’une sortie de crise au Honduras, les deux leaders sont convenus de maintenir leur coopération pour préparer le sommet de Copenhague sur les changements climatiques, ils ont abordé la crise économique mondiale... Enfin, Lula a offert à Obama un maillot de la Seleção signé par tous les joueurs brésiliens de la finale de la Coupe des confédérations où ils ont défait les États-Unis.

Un tel programme donnerait sans doute le tournis au commun des mortels. Pas aux grands de ce monde, qui décident de nos petites vies avec efficacité et décontraction. Allez, on peut bien laisser fluctuer la variable x, comme on laisse fluctuer le cours du dollar.

Trois c’est trop

Um é pouco, dois é bom, três é demais.” Soit : « Un c’est pas assez, deux c’est bon, trois c’est trop. » Non, ce n’est pas la version brésilienne de « Un verre ça va, trois verres bonjour les dégâts », un slogan qui mériterait d’ailleurs d’être recyclé au Brésil. Non, il était question dans la bouche de Luiz Inácio Lula da Silva de mandats. Et plus précisément de mandats consécutifs de président de la République.

Lula faisait semblant d’y croire au micro de France 24, un peu contraint et forcé par la mise au rencart, semble-t-il définitive, d’une proposition d’amendement récemment déposée par le député du Sergipe, le ci-devant Jackson Barreto, du PMDB.

Lula disait toutefois ne pas être totalement convaincu, et évoquait des premiers ministres européens qui, selon lui, se maintiendraient 16,17, voire 18 ans d’affilée au pouvoir. Ce qui lui a permis d’envisager une fois de plus la possibilité d’être à nouveau candidat en 2014.

07 juillet 2009

Après la crise

Lors de la conférence de presse qui a suivi sa réunion de travail avec Luiz Inácio Lula da Silva, Monsieur Sarkozy n’a pas hésité à répéter qu’ « après la crise, rien ne sera plus comme avant. ». C’est vrai, la crise va obliger les Français à changer de perspective. Après la crise, ceux qui ne seront pas au chômage auront le plaisir de travailler le dimanche. Après la crise, évolution démographique obligerait, les seniors auront le devoir de travailler jusqu’à 70 ans, tandis que les jeunes attendront d’avoir 35 ans pour entrer dans la vie active. Monsieur Sarkozy a raison de le répéter, après la crise, rien ne sera plus comme avant !

06 juillet 2009

Meilleur ennemi

Bush s’était largement désintéressé de l’Amérique latine et l’aurait totalement oubliée s’il n’avait été asticoté de temps en temps par Hugo Chávez qui avait voulu s’ériger en meilleur ennemi du grand Satan. De son côté, W. n’avait rien fait pour perdre le titre d’homme le plus honni au sud du Rio Grande. C’était tellement bien réglé que l’on avait fini par en rigoler, en attendant la mise à la retraite du méchant cowboy.

Avec Obama, tout devait changer. Et tout a changé. Pour le meilleur, mais aussi pour le pire. Car pendant que Barack échange des amabilités et des ambassadeurs avec Hugo, dans les coulisses Madame Clinton se tape le sale boulot.

Bush avait suspendu temporairement le bénéfice de la clause de la nation la plus favorisée dont jouissait la Bolivie. Obama l’a définitivement annulé. Et l’on peut se demander si Morales n’a pas vocation à remplacer Hugo Chávez comme meilleur ennemi latino-américain des États-Unis.

05 juillet 2009

Malgré lui

Serra sera ou ne sera pas candidat à la présidence de la République l’an prochain? Le leader tucano entretient un insoutenable suspense. Vendredi, au détour d’une digression émaillant un cours magistral qu’il dispensait à Campo Grande, il a en tout cas nié être pré-candidat à l’investiture de son parti. Et a accusé la presse de vouloir en faire à tout prix un candidat.

Faudra-t-il en conclure que, si jamais il vient à succéder à Lula en janvier 2011, le gouverneur de São Paulo n’aura fait que répondre à un irrépressible appel de la presse brésilienne pour qu’il assume la magistrature suprême ?

04 juillet 2009

Canta Maria

Le temps. Une éternité, rien ne presse, rien ne presse de penser au-delà. Se dévoile l’illusion de l’éternité, se presse au portillon le besoin de penser l’au-delà. Le temps, mal fichu. La conscience du temps, mal fichue. Sonne la cloche à toute volée, il y a quelque chose qui cloche. Au-delà. Dans l’au-delà pensé, l’au-delà de nos dérisoires limites, l’eau de la rivière par laquelle s’écoule le temps, jours de beau temps comme jours de mauvais temps, jours de bon sang mais c’est bien sûr comme jours de mauvais sang, jours de sang d’encre, jours où l’ancre jetée ensanglante le temps qui s’écoule, la vie qui s’écroule, le temps qui s’enroule, la vie qui se déroule, la rivière sans retour, le retour à la source, la source du temps passé dépassé par le temps qui passe, la source impossible de l’éternité, la naissance qui est aussi une condamnation à mort, la mort dans l’âme, l’âme en peine, le temps poignant, le temps comprimé dans la main qui se referme, l’éternité comprimée dans le poing. Et le poing dans la gueule.

Gueule d’amour, mon cul ! Délit de sale gueule. Rien ne sert de faire la gueule. Rien ne sert de tenir la gaule. Bande à part, le temps débande. Ou non. Le temps abonde. Ou pas. L’éternité débande. Forcément. Canta Maria...


Entrecéu - Regina Silveira

30 juin 2009

Passagers de troisième classe

Cela devrait étonner, mais cela étonne-t-il ? Le traitement accordé à l’accident de l’Airbus de la compagnie yéménite Yemenia Airways par la presse française est loin de se situer au même niveau que celui de l’Airbus de Air France qui il y a un mois s’est abîmé près de l’archipel de Saint-Pierre et Saint-Paul.

Certes, dans le second cas, la compagnie était nationale. Mais dans le premier, il y avait plus de passagers français.

Je ne peux évidemment pas croire que c’est la couleur de la peau de ces dernières victimes qui explique ce moindre intérêt.

28 juin 2009

Coup d’état à Tegucicalpa

Il y a longtemps que l’on n’avait pas connu un coup d’état militaire réussi en Amérique latine. Depuis ce matin c’est chose faite au Honduras. Cela ne semble guère émouvoir le monde. Sauf Hugo Chávez. Mais il est vrai que Hugo s’émeut facilement. De là à ce qu’il menace d’organiser un débarquement... il n’y a sans doute qu’à attendre son prochain coup de sang.

24 juin 2009

Wilson Simonal de Castro

C’est un chanteur peu connu en France. En revanche, une de ses chansons y est très connue. Grâce aux versions qu’en ont enregistrées Brigitte Bardot et Marcel Zanini : « Tu veux ou tu veux pas ? » Des versions très éloignées de leur source originale, cela va sans dire.

C’est un chanteur qui aurait pu être le chanteur le plus populaire de l’histoire de la musique populaire brésilienne. En lieu et place de Roberto Carlos. Mais...

On reparle beaucoup de Wilson Simonal ces temps-ci. Parce qu’un film documentaire lui a été consacré : « Ninguém sabe o duro que dei », ou parce que la Folha de São Paulo, après d’autres, publie le résultat de son travail d’investigation.

Rappelons quelques faits. Jusqu’en 1970 et la Coupe du monde de football, la troisième conquise par le Brésil, Simonal suit une courbe ascendante, devient le roi du piltantragem, mélange de samba et soul music, enregistre la version de référence du País Tropical de Jorge Ben.

Au début des années 1970, Simonal est victime d’un abus de confiance. Le chanteur soupçonne un employé de sa compagnie, Raphael Viviani, embauché en septembre 1970 et licencié en juin 1971. Raphael Viviani porte plainte contre son ex-patron auprès de l’équivalent brésilien des prud’hommes.

Au lendemain de la notification de cette plainte auprès du Conseil de conciliation, Raphael Viviani est arrêté à son domicile le 24 août 1971 peu avant minuit par un agent et un collaborateur du DOPS, le Departamento de Ordem Política e Social de sinistre mémoire.

Viviani raconte : « Pas moyen d’oublier ces jours-là. Si vous m’aviez vu avant et après cette nuit pendant laquelle j’ai été torturé, vous n’auriez jamais pu croire qu’il s’agissait de la même personne. »

Dans une note de Mário Borges, chef de la section de Recherches intensives —euphémisme d’ordre militaire — du DOPS, adressée à José Pereira de Vasconcellos, chef du service des Recherches, on peut lire ceci : « Comme vous le savez, le chanteur Wilson Simonal est un élément lié non seulement au DOPS, mais aussi à d’autres organes d’information, pour être actuellement un lien entre le gouvernement, les autorités et les Forces armées d’une part, et le peuple d’autre part, du fait de sa participation à des événements publics et à des festivités, où il fait de sa poésie et de sa prose le moyen de communication qui nous faisait défaut depuis trop longtemps. »

Divers documents font état de ce lien privilégié entre Simonal et des organes de la répression de la dictature. La messe est-elle dite pour autant ? Non, car nous sommes au Brésil où, peut-être plus qu’ailleurs, rien n’est simple quand il s’agit de démêler le vrai du faux.

Quoiqu’il en soit, c’est le début de la fin pour Simonal. Entre temps, l’épouse de Viviani avait signalé la disparition de son mari auprès de la police. Pour sa participation supposée à l’enlèvement, Simonal est condamné à 5 ans et 4 mois de prison, peine qu’il accomplira en régime de liberté, après avoir passé 9 jours en détention.

Jusqu’à quel point Wilson Simonal était-il mêlé au DOPS, chacun peut se faire une opinion en consultant les différents documents. Une opinion, pas plus.

Détruit, Simonal ne retrouvera jamais la gloire d’antan. Déprimé et alcoolique, il mourra le 25 juin 2000.

Retour en 1970, avec des images d’un show pour la télévision, un extraordinaire duo avec Sarah Vaughan.