26 janvier 2019

Nous passons

Ordinairement il y a dilution par l'éphémère, des taches de couleur, pas de forme autrement que vague, du bruit, aucun signal, nous passons, rien de particulier, rien à signaler, rien qui se signale, une simple superposition de trames, l'agitation brownienne d'une foule de points, une masse qui ne parvient pas à faire océan, pas même une flaque luisante sous le soleil, l'aridité d'un désert surpeuplé, nous passons, le foisonnement de trous, la matière qui s'éparpille, se désagrège, une compacité paradoxale, une solitude hallucinée, une opacité transparente, la naissance et la mort et la naissance et la mort et... indéfiniment, un proche horizon, nous passons, une globale imprécision, une monotonie bigarrée plus sournoise encore qu'un mur de brouillard, le triomphe du non-sens au sens propre de cette expression, l'intuition d'une réalité de la théorie de la relativité appliquée à la myopie, nous passons, une continue dérive des sens qui va s'accélérant, l'absence d'accident, l'ordinaire organisation humaine en mouvement, hommes simulant le travail, paysages corrompus, désirs inachevés, une eau qui dort derrière l'apparence des courants incessants, flux et reflux confondus, l'assimilation brutale et imperceptible pourtant des éléments exogènes, leur digestion instantanée, leur excrétion aussi, nous passons, la logique du flou commande l'incertain, une totale incapacité à imprégner les mémoires, lumineux ou noir importe peu, une fuite en avant, la fuite du temps, nous passons, le champ diffus d'un certain magnétisme, dilution par l'éphémère, nous passons trop vite...

06 janvier 2019

Les faux appétits

   La faim malmène la géographie digestive, la salive se charge d’une saveur propre, le goût de l’air du temps, une goutte d’éther lent,
   le vide se nourrit de la chaleur d’une main posée sur le ventre, le passage du flux de l’autre vie, le pressentiment de l’autre mort, l’arrêt sur une image,
   le désir s’attarde sur une ride, une seule, au bord d’une lèvre écarlate, une vallée profonde et peut-être pleine de la promesse d’un retour au lait, la morsure d’un souvenir au ralenti, le vertige d’une litanie de seins et de reins, le fleuve et la foule emmêlés, la répétition à l’infini d’un geste tranquillisant du corps vers le rêve et l’absolu, l’éternelle trahison que sont les faux abandons, les faux abandons, les faux-semblants, les faux appétits.



07 décembre 2018

Parler français rend crétin

Je me marre. Un journaliste wallon s’est enhardi en Flandres afin d’interroger la population locale sur l’absence de gilets jaunes chez eux contrairement à la Wallonie. L’une des personnes interrogées a eu cette réponse surprenante : « Parler français rend crétin ». Sur le coup je me suis marré, mais je me suis demandé la raison de cette étrange réponse. Un linguiste, croisé sur Twitter, m’a apporté quelques éléments. La plupart des langues possèdent des articulations inter-dentales inconnues du français. De même, les voyelles du français ne contiennent que des monophtongues, alors que les voyelles de la plupart des langues contiennent des diphtongues (voyelles à double timbre). Impressionné par tant de science, j’ai fini par comprendre la difficulté que nous éprouvons à parler d’autres langues, pauvres Français que nous sommes. Mais cela va bien plus profond encore. Non seulement acquérir une autre langue constitue pour nous une souffrance, mais l’étroitesse du spectre phonétique français nous handicape dans la plupart des domaines de la connaissance. D’où la justification de la remarque de notre ami flamand. Et dire que je croyais que la langue française était la plus belle des langues, comme mon père, mes professeurs et même des locuteurs télévisuels me l’ont inculqué tout au long de ma vie, de la même façon qu’on gave les oies et les canards. Le caneton que je suis est triste, sinon désespéré. Et, surtout, je ne me marre plus.

16 septembre 2018

Lettre ouverte à M. Jean-Louis Fousseret, maire de Besançon



Monsieur le Maire,

Tout d’abord, permettez-moi, Monsieur le Maire, de vous féliciter et vous remercier pour l’éclatant succès du festival Livres dans la boucle, que vous et vos équipes ont rendu possible grâce à votre engagement au service de la culture.

Toutefois, laissez-moi vous signaler le besoin, en vue de la prochaine édition que mon épouse et moi attendons déjà, d’apporter quelques améliorations. En premier lieu, il s’agit, et c’est une absolue nécessité, de rechercher une meilleure adéquation entre les désirs des participants, auteurs et lecteurs, et la capacité d’accueil des différentes salles où sont organisées les conférences. A titre d’exemple, je tiens à faire remarquer qu’il est inadmissible qu’une présentation du travail du président du festival – cette année, Philippe Claudel – ait lieu dans la minuscule salle de la maison natale de Victor Hugo. Comment ne pas s’indigner quand 500 personnes se présentent et que seules 60 d’entre elles peuvent entrer ! Certes, intervenir sous les mânes de notre grand ancêtre, Victor Hugo, constitue sans nul doute un honneur, mais il est insupportable de laisser sur le carreau autant de lecteurs et spectateurs frustrés. N’y a-t-il pas le moyen d’utiliser d’autres salles, telles que le Kursaal et le Petit Kursaal, voire des amphithéâtres des quelques facultés sises dans la boucle ? Ou d’autres espaces encore dont j’ignore peut-être l’existence ?

A cet égard, l’utilisation cette année de l’auditorium du Conservatoire à la Cité des arts s’est révélée être une heureuse initiative. Sur ce dernier point, je dois malgré tout vous signaler un très regrettable incident. Le vendredi, alors qu’avant le début, à 18h, du remarquable concert d’Eric Tanguy en présence de Michel Onfray, nous tentions d’obtenir auprès de l’accueil des informations quant au moyen d’obtenir des places pour la lecture des extraits du dernier roman de Philippe Claudel par l’auteur et la comédienne de grand talent Clotilde Courau, lecture se déroulant dans le même auditorium à 20h30, il nous a été répondu que l’on ne devait pas mélanger, je cite, les torchons et les serviettes, compte tenu que ces dames et messieurs de l’accueil ne travaillaient que pour la musique. Qui étaient respectivement les torchons et les serviettes, je l’ignore et je ne veux pas le savoir. J’ajouterai que, ayant eu, pour les besoins de mon travail, à me rendre dans une cinquantaine de pays, il n’y a malheureusement qu’en France qu’on s’entend répondre pareilles âneries… Si cela n’avait déçu que moi, cela ne serait rien, mais j’ai eu l’occasion ce soir-là d’entendre les mêmes récriminations de la part de nombreux candidats spectateurs, dont des Suisses et aussi un visiteur belge.

Je ne doute pas, Monsieur le Maire, que vous saurez trouver d’ici septembre 2019 des réponses satisfaisantes aux impératifs qu’exige un si bel événement que les Livres dans la boucle.

Par avance, je vous remercie pour les efforts que, je le sais, vous et vos équipes ne manqueront pas d’entreprendre pour porter encore plus haut le succès du festival, et vous prie d’agréer, Monsieur le Maire, mes salutations distinguées.

09 septembre 2018

Marcia Baila

Cela se passe le long du Doubs, un samedi de septembre, une vraie journée d'été...
Marcia, elle danse sur du satin, de la rayonne
Du polystyrène expansé à ses pieds
Marcia danse avec des jambes
Aiguisées comme des couperets
Deux flèches qui donnent des idées
Des sensations
Marcia, elle est maigre
Isabelle Bazin, elle est pas maigre, elle est plutôt gironde. Isabelle Bazin, c'est une des musiciennes, pour l'occasion chanteuse munie d'un porte-voix, une des musiciennes de l'Orchestre National de Ukulélés. Isabelle Bazin, surgeon de la Rita Mitsouko.
Cela se passe le long du Doubs, dans le cadre de la 71ème édition du Festival international de musique. Et c'est à Besançon, vénérable capitale de la Franche-Comté...
Belle en scène, belle comme à la ville
La voir danser me transforme en excité
La foule est là qui l'écoute, qui les écoute, ceux et celle de l'Orchestre National de Ukulélés. Sur l'eau du Doubs, il y a aussi l'intrépide quintette de cuivres Le Vesontio, à bord d'un Dragon Boat...
Moretto
Comme ta bouche est immense
Quand tu souris et quand tu ris
Je ris aussi, tu aimes tellement la vie
Quel est donc ce froid que l'on sent en toi?
Le Dragon Boat s'écoule au rythme des pagayeurs. A son bord, les cuivres. Et sur les quais l'Orchestre National de Ukulélés. Et sur les quais 3000 Bisontins aussi, qui les suivent et les écoutent. Et sur les quais quelques extra-terrestres aussi.
Et au même moment, le long des rues de centaines de villes du monde entier, de petites foules de citoyens inquiets, des citoyens qui voudraient alerter l'immense majorité silencieuse quant à l'urgence de se lever et de gueuler. L'urgence de se les bouger, de bouger leurs jambes, de faire de leurs jambes des jambes aiguisées comme des couperets. C'est qu'il est peut-être trop tard... Trop tard pour sauver la planète, celle que nous avons connue quand nous étions d'innocents enfants. Trop tard pour sauver l'humanité contre le suicide qu'elle semble avoir renoncé à éviter...
Mais c'est la mort qui t'a assassinée, Marcia
C'est la mort qui t'a consumée, Marcia
C'est le cancer que tu as pris sous ton bras
Maintenant, tu es en cendres, cendres
C'est la mort qui t'assassine, mon amie la Terre. Qui nous assassine, nous chétifs êtres humains. Maintenant que nous sommes en cendres, cendres.
La mort, c'est comme une chose impossible
Et même à toi qui est forte comme une fusée
Et même à toi, qui est la vie même, Marcia
C'est la mort qui t'a emmenée
Et à 10000 km de là, de Besançon et du Doubs, c'est une nation qui s'apprête à se suicider. Un pays appelé Brésil, un pays de braises. Que la mort consume. Avec ses vraies violences et ses faux attentats, orchestrés pour propulser au pouvoir un nouveau dictateur, surgeon latino-américain d'un Mussolini...Un surgeon nommé Bolsonaro. Le Bolsonaro qui demande à cor et à cri qu'on gave d'huile de ricin les nègres et les pédés. Un Bolsonaro qui demande à cor et à cri qu'on fusille les petralhas.
Marcia danse un peu chinois
La chaleur
Dans les mouvements d'épaules
A plat
Comme un hiéroglyphe inca
De l'opéra.
Et les Chinois aussi. Les Chinois qui hésitent encore un peu quant aux mouvements d'épaule à suivre... A plat, comme un hiéroglyphe inca, de l'opéra... Les Chinois qui ont les clés de notre amie la Terre. Plus encore que les dégénérés étasuniens.
Et nous au bord du Doubs, et sur le Doubs, qui répétons ce jour de fêtes. Combien de jours de fêtes encore ? Avant que les cendres nous retombent dessus. Cendres venues de loin. De très loin. De trop loin, pour nous, chétifs êtres humains.

(Les paroles de chanson sont extraites de Marcia Baila, des Rita Mitsouko)

21 août 2018

Les fourmis rouges dans ce qu'il restera de l'Amazonie

Chers amis, comment ne pas voir qu'au fond ledit brexit n'a strictement aucune importance. Dans 20 ou 30 ans, le Royaume-Uni ne sera plus qu'un souvenir. De même que la disparition de l'espèce humaine... Juste une petite question, une toute petite question : quels seront les animaux ayant survécu à l'extinction humaine pour se souvenir de notre passage sur Terre ? Voilà une question, peut-être anecdotique, mais qui m'amuse au même titre que l'évolution des babouins dans la péninsule arabique ou, autre exemple, l'évolution des fourmis rouges dans les lambeaux de l'Amazonie qui échapperont au cataclysme.

Respectueusement,

Francis

17 août 2018

Benalla, Crase et compagnie

Chers amis, ne serait-il pas temps de mettre la pédale douce sur ce fait divers, désormais qualifié d'affaire Benalla-Crase, et de concentrer notre travail d'enquête sur des sujets autrement plus importants, comme vous savez si bien le faire ? En effet, à quoi bon attaquer M. Macron sous cet angle des plus anecdotiques.

Notre président est sans nul doute possible notre meilleur chef d’État depuis, à tout le moins, la Révolution française. Certes il pourrait mieux faire, notamment pour tout ce qui touche à la transition énergétique, mais force est de reconnaître qu'il s'attache, avec une énergie remarquable, aux nécessaires réformes à entreprendre pour moderniser notre société et tenter de remettre la France sur les rails du progrès, alors que ses prédécesseurs n'avaient de cesse que d'accompagner le déclin de notre pays.

Respectueusement,

Francis

25 août 2017

De plus en plus rarement

J'ai de moins en moins envie d'écrire sur le Brésil, tant ce pays est devenu désespérant. Il fut un temps où j'étais passionné par la culture brésilienne, en premier lieu sa musique et sa littérature. Rencontrer deux fois Jorge Amado à Paris, ou nombre de musiciens parmi les plus mythiques, de passage à Vitoria, grâce à notre amie Lena Signorelli, avaient été des moments forts de ma vie là-bas.

Même la politique m'avait intéressé, grâce à Lula et aux avancées qu'il avait permises. Maintenant, avec Temer le pays effectue le plus grand bond en arrière de son histoire, au-delà des pires craintes que l'on pouvait redouter.

Chaque jour apporte son lot de mauvaises nouvelles. Et le peuple, toujours plus aliéné dans sa large majorité, s'en contrefout, tant qu'il y a de la bière qui coule. Ainsi va le Brésil dans le peloton de tête des pays courant à leur perte. En éclaireur, sans doute, du reste du monde, guère plus clairvoyant. Qu'on en finisse au plus vite avec l'espèce humaine et qu'on laisse une chance à la vie sur cette planète qui avait tant à nous offrir !

23 juillet 2017

Deux villes, deux pays, deux continents

Vitória. Besançon. Se partager entre deux villes, deux pays, deux continents. Que signifiait se partager ? Il se le demandait. Comme il se demandait tant de choses qui au fond étaient sans importance. Il avait bien d'autres certitudes : la fin de l'espèce humaine était proche et c'était souhaitable. Car s'il espérait encore quelque chose, c'était que la vie animale, végétale, microbienne poursuive son destin enfin libérée de la malédiction humaine. L'homme avait inventé le plus sûr des pièges : le calcul économique. Et il s'y jetait à corps perdu. Et lui aussi, comme tous les autres, s'y jetait la tête le première.

En attendant il était là, à regarder l'océan ou bien le ciel, contemplant de sublimes phénomènes naturels. Quelque chose qui ressemblait à l'idée qu'il se faisait du bonheur. Quelque chose qui le dépassait. Et de beaucoup. Il était là, à lire aussi des romans ou des poèmes qui le distrayaient, à étudier des dessins et des tableaux pour tenter de s'y perdre, de s'y dissoudre avant l'heure de sa mort.

Toi qui arrives ici par hasard, fais en ton miel si tu le peux. Et reviens quand tu le pourras pour en savoir plus. En savoir plus ou mieux t'égarer. Car aucun des mots de ce texte n'est définitif, du moins du vivant de son auteur.

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