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06 octobre 2012

Adel Abdessemed est innocent

Depuis le 3 octobre, c'est-à-dire depuis le jour de mon retour à Vitória, Adel Abdessemed s'expose à Paris, Beaubourg – à moins qu'il ne faille dire « Beaubourg, Paris ». Pompidou nous dit – est-ce l'artiste lui-même qui le leur a soufflé ? – qu'Adel Abdessemed est innocent. Donc le monde est mal foutu – ça tout un chacun le sait déjà depuis belle lurette, mais ça ne fait pas de mal de le rappeler – et le monde, ici, c'est sa composante chronologique. J'aurais bien voulu juger de l'innocence de AA. J'aurais voulu jouer / jouir de l'alpha et de l'oméga de son œuvre. Puisque c'est une œuvre qui ne me laisse pas indifférent depuis que je l'ai croisée à São Paulo, lors de la biennale 2006, une biennale qui s'attaquait ou s'attachait – cela sera selon votre humeur – au comment vivre ensemble.

Zero Tolerance - Adel Abdessemed / Biennale de  São Paulo 2006 -- Photo : Fr. Juif / PixeLuz

La biennale de São Paulo, justement, semble couler cette année des jours plus tranquilles que lors des éditions précédentes. Malgré tout, j'aimerais bien y faire un tour, histoire de me donner le luxe de pouvoir être surpris, encore, comme il y a six ans je l'avais été par Adel Abdessemed, sa vision de la rue, le spectacle d'un chat bouffant une souris sur grand écran, filmé au ras du sol, filmé de là où il faut quand on veut montrer les mouvements convulsifs qui traversent le monde contemporain – dixit Pompidou, encore eux. Mais un chat avalant une souris, me direz-vous, qu'est-ce que ça a de particulièrement contemporain ? Les chats avalent des souris depuis la nuit des temps – la nuit des temps, tous les chats sont gris. Le contemporain là-dedans, ça doit être l'acte de filmer un échantillon de la chaîne alimentaire ordinaire, conjugué à l'acte de le projeter sur un grand écran dans une salle de hangar abritant une exposition d'art étiqueté contemporain.

Ce même jour, à la faveur d'hyperliens, je découvre avec quelques mois de retard que Claude Gaignebet est mort. C'était en février, le mois de Carnaval – en général ! – et c'est précisément à Carnaval que je dois d'avoir rencontré Claude Gaignebet. Le MAES (Museu de Arte do Espírito Santo) présentait une exposition de gravures venues de Gravelines, sur le thème de Carnaval. Nous y étions, ma dame et moi, quand une employée zélée du secrétariat à la culture, nous reconnaissant, était venue vers nous pour nous annoncer que rôdait dans les parages un Français pas tout à fait innocent quant à l'organisation de l'expo. C'était Claude Gaignebet, vous l'aviez deviné. Claude nous avait accompagnés deux heures durant, nous ouvrant les yeux sur chacune des pièces exposées, décortiquant notamment l'expression de la chronologie dans les tableaux de Pieter Bruegel de Oude, passant avec bonheur de Dionysos à Rabelais et de Gargantua à Blaise. À la fin, il nous avait confié travailler sur la symbolique de la corne. Aura-t-il eu le temps d'achever cette exploration ? Sans doute pas.

J'évoquais, plus haut, des liens Internet. Cela me donne l'occasion de saluer un autre blog écrit depuis Vitória, qui est l’œuvre d'Emmanuelle, qui sans nul doute a eu l'occasion de rencontrer, elle aussi, Claude Gaignebet, eu égard à des trajectoires qui ont dû se croiser du côté de Dunkerque, France, plutôt qu'à Nice, France (bis). Mais sait-on jamais !

22 février 2012

Carnaval 2012 : les classements

On aura donc vécu un dépouillement inédit à São Paulo. Alors que celui-ci n'était pas très loin de s'achever, un homme s'est jeté sur des paquets de notes et les a emportés, rendant impossible leur prise en compte. Et cela a fini avec l'incendie de deux chars, une confusion générale, l'arrestation de cinq hommes. Après quelques heures de pourparlers entre patrons des écoles de samba, Mocidade Alegre a été déclarée champion 2012. Mais la Jeunesse n'ayant pas le cœur à la fête, celle-ci a été annulée, rompant avec le rituel habituel.

On aura entendu, suite à ces violences, qui auraient été selon la police orchestrées, des commentaires à n'en plus finir, comme si la Terre avait été tout près de s'arrêter de tourner. On aura entendu notamment les opposants au carnaval de service reprendre leur rengaine et, ma foi, tout dans les heures chaudes de la journée semblait leur donner raison. Mais entre l'adoration et la détestation, n'y a-t-il pas la place pour une opinion plus mesurée ? Sans doute pas, tant le Carnaval déchaîne les passions. Comme l'écrivait, samedi dernier, l'ami Chaudanne dans le cahier Pensar de notre gazette locale : « Le carnaval est un art total. Et le carnaval brésilien est, par excellence, le carnaval de tous les carnavals ». Et donc la passion des passions.

Malgré tout, puisqu'il s'agit d'un art, faut-il qu'on en fasse un championnat au même titre que le football, cette autre passion brésilienne ? Depuis hier, le carnaval s'est rapproché un peu plus du football en faisant jouer de la pire des espèces ses torcidas organisées, en ayant recours à la provocation et à la violence, en roulant dans le caniveau. Cela nous annonce-t-il pour les années qui viennent mort d'homme ?

« L'opéra de la rue », pour reprendre encore les propos de Chaudanne, a-t-il besoin d'être noté ? Une école de samba a-t-elle besoin d'être déclarée championne ? Certainement pas ! Tant que tout se passait dans un esprit bon enfant, y compris les arrangements en coulisse, on pouvait s'en amuser et puis l'oublier dès le lendemain. L'incident d'hier nous montre non seulement à quel point tout est, par les temps qui courent, rabaissé à une compétition mais aussi que tous les moyens sont bons pour triompher et cracher son mépris à la face des concurrents.

À Rio de Janeiro, les choses se sont passées plus tranquillement et c'est Unidos da Tijuca qui l'a emporté, avec 299,9 points sur 300 possibles, un petit dixième perdu pour nous rappeler que la perfection n'est pas de ce monde. Viennent ensuite Salgueiro et Vila Isabel.

Et puisque je vous écris depuis Vitória, je ne manquerai pas de rendre hommage à Boa Vista, champion 2012.

D'un autre carnaval - Photo (c) PixeLuz / Francis Juif

17 janvier 2012

Carnaval de Rio de Janeiro 2012

À Rio aussi, le Carnaval approche. Les billets sont d'ores et déjà en vente. Pour les défilés des écoles de samba du Grupo Especial (la première division), qui auront lieu les 19 et 20 février, les prix – hors intermédiaires – varient de 160 reais à 400 reais. Un euro valant ce matin autour de 2,26 R$, cela fait donc un tarif allant d'environ 70 euros à près de 180 euros.

Quelles seront les écoles qui défileront sur l'avenue ? Le 19 février : Renascer de Jacarepaguá, Portela, Imperatriz Leopoldinense, Mocidade Independente de Padre Miguel, Porto da Pedra, Beija-Flor et Unidos de Vila Isabel. La nuit suivante : São Clemente, União da Ilha, Acadêmicos do Salgueiro, Estação Primeira de Mangueira, Unidos da Tijuca et Acadêmicos do Grande Rio.

D'un autre Carnaval - Photo : PixeLuz / (c) Francis Juif

16 janvier 2012

Carnaval de São Paulo 2012

Le Carnaval approche. Puisqu'il n'y a pas que celui de Rio, parlons aujourd'hui un peu de celui de São Paulo, qui vaut largement l'édition carioca. Les billets commencent à être mis en vente. Pour les défilés des écoles de samba du Grupo Especial (la première division), qui auront lieu les 17 et 18 février, les prix varient de 70 reais (gradin) à 25.000 reais (loge de 25 personnes). Un euro valant ce matin autour de 2,26 R$, cela fait donc des prix par individu allant d'environ 30 euros à plus de 400 euros.

Quelles seront les écoles qui défileront sur l'avenue ? Le 17 février : Camisa Verde e Branco, Império de Casa Verde, X-9 Paulistana, Vai-Vai, Rosas de Ouro, Acadêmicos do Tucuruvi et Mancha Verde. La nuit suivante : Dragões da Real, Pérola Negra, Mocidade Alegre, Águia de Ouro, Unidos de Vila Maria, Gaviões da Fiel et Tom Maior.

À votre service !

D'un autre Carnaval - Photo : PixeLuz / (c) Francis Juif

01 mars 2011

Carnaval 2011

Le Carnaval de Vitória s’est déroulé les nuits de vendredi et samedi, pour le groupe Especial (les dix meilleures écoles de samba l’an dernier).

Cette année, des images insolites et/ou décalées sur le blog de PixeLuz. En attendant, peut-être, quelques images plus traditionnelles des défilés...

02 janvier 2011

Question / Réponse : Quand aura lieu le carnaval de Rio en 2011 ?

Très tard cette année : les défilés des écoles de samba du Grupo Especial (les meilleures, la crème, la première division, enfin comme vous voudrez) auront lieu les dimanche 6 mars et lundi 7 mars.

Dimanche 6 mars :
1. São Clemente
2. Imperatriz Leopoldinense
3. Mocidade Independente de Padre Miguel
4. Unidos da Tijuca
5. Unidos de Vila Isabel
6. Mangueira

Lundi 7 mars :
1. União da Ilha
2. Salgueiro
3. Portela
4. Grande Rio
5. Porto da Pedra
6. Beija-Flor de Nilópolis

04 mars 2009

C’est quoi le Brésil (6)

Après m’être laissé aller à discourir plus que de raison sur les mœurs politiques brésiliennes, je voudrais marquer une petite halte pour reprendre ma respiration, l’occasion de m’interroger sur un concept taillé pour le Brésil.

J’ignore qui a inventé le concept de « carnavalisation » — et mes recherches sont restées vaines. Je constate que c’est un concept qui a fleuri dans différents domaines de la connaissance — et surtout dans les très bavardes études littéraires. Et je reste sur ma faim, n’ayant pas réussi à retrouver un texte produit par un universitaire guyanais, qui pointait la carnavalisation de la société brésilienne, au sens du concept qui m’intéresse ici.

En un sens, celui employé par cet universitaire, le concept est tentant, qui semble vouloir dire que tout se transforme en clowneries — palhaçadas, en brésilien —, que rien ne serait sérieux au pays du Carnaval roi.

Or s’il y a quelque chose de sérieux au Brésil, peut-être la chose la plus sérieuse, c’est justement le Carnaval, qui est une somme de rituels très précisément codifiés. Je ne fais pas ici seulement allusion aux défilés des écoles de samba qui, pour être notés, exigent une abondance de règles à observer scrupuleusement. Je prends en compte toutes les formes de Carnaval, comme celui de Salvador qui, pour paraître le plus débridé des grands Carnavals, n’en est pas moins un rituel tout autant codifié. Les milliers de Filhos de Gandhi qui parcourent la ville s’habillent tous de la même façon dans les moindres détails — il n’est que d’observer la pose du turban blanc.

Quant aux millions de « fêtards » qui viennent de tout le Brésil pour suivre en dansant les trios elétricos, ils respectent, à leur manière, un autre rituel qui consiste à vider les corps de toute leur énergie et les têtes de toutes les mauvaises pensées qui les encombrent, avant d’aborder le cycle de vie d’une nouvelle année.

Par conséquent, je me demande si ceux qui emploient le concept de carnavalisation pour dire, comme De Gaulle l’aurait dit, que « le Brésil n’est pas un pays sérieux », n’emploient pas un concept fondamentalement erroné.

Mestre-Sala e Porta-Bandeira - Jucutuquara

25 février 2009

Carnaval de Rio 2009 : le classement

Cela ne s’était sans doute jamais vu que des entreprises françaises (16) parrainent une école de samba — en l’occurrence Grande Rio — pour faire de la France, une certaine idée de la France, une vision tropicalisée de la France, son enredo. L’année de la France au Brésil — autre première — en était le prétexte. La France éternelle a défilé avec l’énergie du sarko sur le sambodrome Marqués de Sapucaí, du Roi Soleil au TGV en passant par le Moulin Rouge, la mode et les parfums. Le coq pouvait se (re)dresser sur ses ergots et pousser un cocorico sambarythmé, la France était de retour au Brésil. Le rival étasunien pouvait aller se rhabiller, les mythes français se proclamaient prêts à prendre la relève dans l’imaginaire carioca, à l’unisson des ambitions marketing de Sarkozy.

Hélas pour les entreprises françaises, Beija Flor allait relancer, un peu plus tard dans la nuit, un vieux cliché sur les Français, un cliché qui n’est pas populaire qu’au Brésil : celui d’un peuple qui ne se lave pas. Faire de l’histoire du bain, de l’Égypte des Pharaons au monde globalisé d'aujourd’hui, le thème de son défilé est une idée trop tordue pour n’avoir pas été inspirée par une diabolique conjonction d’intérêts antifrançais. Beija Flor terminera seconde.

Mais l’école qui les a toutes surclassées est Salgueiro. Du très classique pour l’enredo, consacré aux tambours.

Tem batuque, tem magia, tem axé!
O poder que contagia quem tem fé!
Na ginga do corpo, emana alegria
Desperta toda energia.


Célébration du batuque, de la magie, de la foi, de la ginga, de la joie, de l’énergie...Rien que du très classique, en effet. La bateria de Salgueiro ne sera pas très loin du carton plein, avec 39,8 points sur 40.

Dernières de la liste, Mocidade et Império redescendront dans le groupe d’accès pour le Carnaval de 2010.

Le classement complet :
1. Salgueiro (399 points sur 400 possibles)
2. Beija Flor
3. Portela
4. Vila Isabel
5. Grande Rio
6. Mangueira
7. Imperatriz Leopoldinense
8. Viradouro
9. Unidos da Tijuca
10. Porto da Pedra
11. Mocidade Independente
12. Império Serrano

17 octobre 2008

Karaoké

Finis les sifflets ? Pas encore tout à fait, semble-t-il. On dirait que c’est à celui qui sera le plus imbécile : les Français d’origine tunisienne ou Bernard Laporte. Les premiers persistent et signent quand on les interroge. Ils n’aiment pas la France, disent-ils. C’est leur droit. On n’aime pas sur commande. Naître quelque part n’oblige pas à vénérer le sol qui a recueilli vos premières morves. Rappelons tout de même que le monde est vaste et qu’il n’a jamais été aussi facile de changer de pays, pourvu que l’on se donne la peine de se remuer le cul. Quant à Bernard Laporte, il a réussi à se surpasser dans l’exercice de la connerie dont il est indéniablement un champion toutes catégories confondues. Je voudrais la voir, l’expulsion de 80'000 spectateurs. Comme ironisait un de ses collègues du gouvernement, Éric Besson, le Bernard va avoir un peu de mal avec les modalités d’application.

Comme commencent à le faire remarquer quelques voix discordantes dans le concert des invectives, il suffirait tout bonnement de cesser d’associer les hymnes nationaux aux confrontations sportives. Qu’on garde en effet la Marseillaise pour les occasions qui en valent la peine : les vraies guerres, sans doute ? Mais ce ne serait qu’une demie mesure. Qu’on aille jusqu’au bout de cette logique : qu’on en finisse une fois pour toutes avec le sport, tous les sports !

Hier soir, j’étais dans l’hémicycle de l’Assemblée législative de l’Espírito Santo, à l’occasion d’une cérémonie officielle. Et vous savez quoi ? Cela a commencé par un karaoké. Un karaoké collectif, que personne n’a sifflé. Le maître de cérémonie a fait lever l’assistance. Sur un écran géant sont apparus le drapeau brésilien — le plus beau du monde — et les premiers vers de l’hymne national — le plus beau du monde, forcément. Au garde-à-vous, tout le monde a chanté la gloire du pays natal — ou d’adoption. Et comme pour tout karaoké, nous avons eu droit au clip qui va avec, les images censées appuyer le sens des paroles écrites à la gloire du Brésil, des images de fêtes populaires et de folklores multicolores. Plein d’images de carnaval. Le carnaval, la gloire du Brésil.

06 février 2008

Carnaval de Rio 2008 : le classement

Pour la seconde année consécutive, Beija-Flor de Nilópolis est championne. C’est son onzième titre depuis 1932. Salgueiro est vice-championne.

São Clemente et Porto da Pedra sont reléguées en deuxième division, le Grupo de Acesso.

Au revoir Napoléon

Le Carnaval est (presque) fini. Les banques vont rouvrir ce midi. Rien qu’à l’idée de devoir se joindre aux millions de Brésiliens qui vont faire la queue devant les automates pour payer leurs factures, j’ai envie de me recoucher.

Hier ont été proclamés les résultats pour São Paulo : Vai-Vai l’a emporté. Même si les écoles de samba de São Paulo sont au même niveau que celles de Rio, tout le monde (ou presque) s’en fout. Cet après-midi aura lieu, en direct sur Globo, le dépouillement des votes pour désigner le vainqueur à Rio, ce dont je me fous royalement à l'heure qu'il est.

De la profusion de couleurs qui ont fait assaut de séduction, je retiendrai ces milliers de drapeaux tricolores, ouais, ceux des grognards français, brandis sur la plus belle avenue carnavalesque du monde, ces bannières bleu-blanc-rouge déchirées, brûlées, souillées, portées à bout de bras par Imperatriz Leopoldinense. Et d’autres impeccables comme sur les Champs Élysées le 30 mai 1968, venues sauver De Gaulle une dernière fois. Et résonne encore, en français dans le texte, cet « Au revoir Napoléon » qui clôturait le refrain.

Déchirées, brûlées, souillées, les bannières, comme il sied lors des révolutions et des guerres. Imperatriz célébrait João et les Maria, notre Marie-Antoinette relookée Sofia Coppola, les deux Maria de la famille royale portugaise, Maria Leopoldina future brue du roi et Dona Maria la maboule et mère du monarque, toutes trois liées dans la disgrâce par Napoléon.

C’est que nous fêtons cette année le deux-centième anniversaire de la fuite de Dom João VI, du Portugal vers le Brésil, cas paraît-il unique où un souverain et sa Cour se sont établis dans une de leurs colonies. Cela, nous dit-on, aurait changé le cours de l’Histoire du Brésil. Sans doute, mais qu’en aurait-il été si cela ne s’était pas produit ?

Au revoir Napoléon, au revoir Carnaval.

03 février 2008

Casuarina

En ce temps de carnaval, il faut bien continuer à vivre. Je veux dire : vivre prosaïquement. Malgré les élans qui nous portent d’un endroit l’autre au gré des invitations à rejoindre tels amis, à ne pas rater tel corso, à jeter un oeil sur ce qui se passe à São Paulo, Rio, Salvador, Recife et dans la blogosphère, il faut continuer à maintenir un semblant d’auto-organisation, ne serait-ce que pour prendre une douche, changer de vêtements, faire quelques courses pour parer aux besoins les plus urgents, et même dormir un peu pour récupérer quelques forces.

C’est dans cet état d’esprit que nous nous sommes réveillés dans la matinée de samedi. Sans savoir que nous aurions rendez-vous le soir même avec le fils de Lénine.

Mais, avant cela, nous étions bien décidés à retrouver les copains et les copines à Manguinhos, les anciens et les nouveaux, ceux avec qui nous avons voyagé en Europe comme ceux croisés pour la première fois cette semaine, sûrs qu’ils y seraient comme les années passées, costumés de papier crêpon ou non. Depuis quelques décennies déjà, la plage de Manguinhos voit défiler les blocos venus, la plupart, de Vitória, des blocos qui zigzaguent en fanfare et à gros coups de batucadas em battant le pavé des rues ensablées, avant de finir dans l’océan, dont la légende dit qu’il prend pour l’occasion les couleurs du Carnaval.

Hier, pour la première fois depuis 1913, une date à laquelle Manguinhos n’existait que comme village de pêcheurs, la fête à Pierrot et Colombine coïncidait avec la fête consacrée à Iemanjá, ce qui offrait deux raisons de se jeter à l’eau. Si, après une telle coïncidence, 2008 n’est pas une année spéciale, pour le meilleur et pour le pire, je promets de ne plus mettre les pieds sur les terreiros du candomblé, foi de poissonnier !

À peine étions-nous de retour à l’appartement qu’un téléphone sonnait et qu’une voix familière, une voix croisée un peu plus tôt à Manguinhos, nous invitait à la rejoindre vers 10 heures, pour assister backstage au concert donné dans le centre de Vitória par le fils de Lénine. Et dire que j’ignorais jusqu’à son existence!

En approchant de la place du 8 septembre (une date qui n’est pas chère qu’à Vitória), notre chauffeur dépassait les familles, de plus en plus nombreuses, en marche vers le lieu du concert offert par la mairie à l’un de ses quartiers les plus décrépits, en 1913 le joyau de la ville, en 2013 peut-être restauré.

Qu’est-ce qui fait que dans la loge où sont rassemblés les musiciens l’on reconnaît le fils de son père, le Lénine qui fêtait d’ailleurs le même soir son anniversaire, même si la ressemblance est loin d’être frappante ? Le charisme serait-il héréditaire ? Etel a voulu savoir s’il était né à Recife, comme le paternel. Chinoisement parlant, oui. Puisque conçu dans la capitale des coqs géants, même s’il est né à Rio. Personnellement, je voulais surtout savoir s’il avait travaillé avec son père et faisait la même musique que lui. Réponse négative aux deux questions.

João et ses compères ont gratifié le public, qui ne les connaissait pas, d’un samba le plus souvent nourri à la racine, qui a tout de suite trouvé écho sur la place livrée à la foule, à laquelle nous nous sommes rapidement joints, une foule brésilienne jusqu’à la caricature, celle qui mêle les bons et les méchants, qui sont les mêmes, ceux qui dorment dans la rue et ceux qui dorment dans des chambres baignées d’air conditionné, les enfants, les parents et les grand-parents, costumés ou non, telle gamine de sept ans avec le samba no pé et tel estropié en bikini à paillettes dorées tentant de danser en s’appuyant sur ses cannes, quelques petites frappes en bande prêtes à saisir l’occasion de se refaire, les marchands ambulants et les camelots, les ivrognes et les végétariens, au global une foule heureuse, réunie dans la communion de ce qui fait l’essence de la musique brésilienne, à travers quelques classiques de Dorival Caymmi, des airs que tout le monde a sur les lèvres et dans le coeur.

Casuarina est le nom de l’orchestre de Daniel Montes, Gabriel Azevedo, João Cavalcanti, João Fernando et Rafael Freire. Soigneusement édité chez Biscoito Fino, qui pourrait bien être à la musique brésilienne ce que Blue Note est au jazz, leur deuxième disque, Certidão, est une pure merveille de samba ciselé, mots et notes, au plus juste des émotions et des sentiments qui font que partout l’homme est homme et la femme femme, et peut-être un peu plus encore à Rio, du côté de Lapa où, au passage ou à demeure, l’on peut les écouter dans l’un des bars qui animent la nuit carioca. Je vous les recommande chaudement.

01 février 2008

Holocauste et Carnaval

L’Holocauste peut-il être un des thèmes du Carnaval ? Que cette question, qu’il aurait mieux valu ne jamais avoir à poser, ait été posée, cela en dit long sur le degré de déliquescence de l’état moral de nos sociétés, promptes à recycler à toutes fins, utiles comme futiles, mercantiles comme politiques, les événements les plus choquants, les plus dramatiques, les plus tragiques.

De quoi s’agit-il ? Viradouro, une des écoles de samba, qui va prendre part aux défilés à Rio, a choisi comme fil conducteur « C’est une horreur ». L’horreur aurait pu se cantonner à un exercice de style à la Gainsbarre, pour prendre une référence familière aux lecteurs français, jouer sur l’auto-dérision et multiplier les allusions aux films d’épouvante, à toute une culture populaire de séries B et de bandes dessinées. C’était sans compter sur l’ambition du carnavalesco chargé de mettre en scène l’enredo de Viradouro.

Dieu merci, des informations ont fini par filtrer. On imagine en effet la surprise et l’horreur, la vraie celle-ci, qu’auraient ressenti les spectateurs ou téléspectateurs, du moins ceux qui ont gardé un minimum de sens moral, s’ils avaient découvert, en direct, un sosie de Hitler narguant les corps de déportés empilés sur un char, tel que l’avait conçu le metteur en scène de cette sinistre farce.

Après avoir vainement tenté d’entrer en contact avec les responsables de Viradouro pour leur demander de renoncer ou, à tout le moins, de faire apparaître sur le char une banderole avec la mention « Plus jamais ça », la Fédération israélite de l’État de Rio de Janeiro (FIERJ) a fini par saisir la justice. Hier, dans une ordonnance de référé, la juge Juliana Kalichsztein a exigé le retrait de la scène incriminée, sous peine d’une amende de 200.000 reais (environ 77.000 euros).

Pour autant, il n’est pas certain à l’heure actuelle que Viradouro ait renoncé à son funeste projet, la direction de l’école ne s’étant pas publiquement prononcée suite à l’annonce de la décision prise par la juge. J’ose toutefois espérer qu’entre la perte assurée de points et le paiement d’une amende, la raison prévaudra, faute de quoi l’on pourra s’interroger sur les motivations profondes de ceux dans l’esprit desquels a germé une idée aussi lamentable qu’épouvantable.

31 janvier 2008

La lutte continue

Imaginez Nanar Thibault avec des plumes d’autruche dans le dos — remarquez au passage que sur ce blog on a des pudeurs —, imaginez les zautres camarades de la direction du syndicat alignés sur les marches d’un escalier, tels les danseurs du Moulin Rouge ou du Paradis Latin encadrant de leur virile prestance la descente aux enfers bibliques, toute en sensuelle coulée vers la scène, par la reine de la revue, la Marianne révolutionnaire de nos émois populaires et laborieux, imaginez ce cirque réaliste-socialiste et vous aurez un aperçu psychédélico-populo-gonzo-radical-chic de ce qu’est la lutte des classes carnavalisée qui a cours à l’occasion du 25ème anniversaire de la CUT, notre CGT tropicale à nous.

Allez, en guise de soutien à cette juste lutte, je vous offre quelques lignes du guide officiel du Carnaval de Vitória 2008 en guise de présentation de l’école de samba Unidos da Piedade, une école au service de la libération des transes et de l’élévation des consciences.
« Au cours du temps, les travailleurs se sont organisés en différents mouvements syndicaux et sociaux, pour partir à la conquête de leurs droits, car jamais rien ne leur a été concédé gratuitement. À l’occasion du Jubilée d’argent de la Centrale unitaire des travailleurs (CUT), Piedade nous rappelle les moments historiques de la trajectoire ouvrière, depuis l’ère Vargas — avec la construction de Brasília — jusqu’à l’organisation des métallos de l’ABC pauliste, par un tourneur et leader syndical, du nom de Luiz Inácio Lula da Silva, fondateur de la CUT. La lutte continue... »
Dont acte. La lutte continue. Et le Carnaval aussi. À São Paulo, puis à Rio, les écoles de samba vont tenter de nous en mettre plein la vue. À Salvador, des millions suivront en hachant leurs corps aux rythmes puissants crachés par les haut-parleurs des trios elétricos qui vont sillonner la ville sans répit. À Recife et Olinda, de drôles de géants entraîneront les foules dans des voyages au bout de la nuit parfumée à grands jets. Et partout à travers le Brésil, les blocos des quartiers maintiendront la pression jusqu’à plus soif.

Piedade

29 janvier 2008

Tornade blanche

Jucutuquara - Tatiana Paysan
La première fois que je l’ai vue, j’y ai pas cru. Elle a surgi des rangs de la bateria et a fondu vers moi, vers nous écarquilleurs de châsses, telle une tornade blanche qui avec des trous dans le kitsch de sa robe fait des gros trous d’air chez les mâles soudain pris de chaleur. Nom de Dieu, fallait que je me rende à la raison, elle était là, devant moi, devant nous, qui de ses jambes survitaminées battait en neige les petits nuages à quoi elle nous avait réduit.

Cette dame montée sur pile atomique qui atomise la concurrence a un nom. Le croirez-vous, cette dame, c’est de la graine de Française, affublée du joli nom de Tatiana Paysan. Tambourin à la main, elle dirige de ses baguettes virevoltantes la meute des percussionnistes de Unidos de Jucutuquara. Samba no pé et coeur gros comme ça, elle les a menés à la victoire.

Pour la troisième année consécutive, Jucutuquara est championne, la première tricampeã de ce siècle qui consacrera les victoires de l’humanité — As vitórias da humanidade, chantées par les Unis de Jucutuquara — ou sa perte.
Vitória baptisée sur cette terre
Sous le manteau sacré,
Ton peuple vainc l’oppression.
Liberté, égalité,
Ceinte du laurier de paix,
Notre ville nous ressemble.

Jucutuquara - Tatiana Paysan

28 janvier 2008

Mythologies

carnaval - MUG
Les deux défilés des écoles de samba de Vitória sont donc derrière nous ; pour autant l’esprit du Carnaval ne nous a pas totalement abandonnés. Ici même, les blocos vont continuer à sillonner les quartiers jusqu’au mercredi des Cendres, et nombre de Capixabas s’apprêtent à rejoindre par la route ou par les airs Rio et Salvador pour doubler la mise.

Si, pour le groupe spécial, les spéculations vont bon train quant au classement qui sera proclamé demain, il semble qu’il n’y ait guère de suspense s’agissant du groupe d’accès. Mocidade Unida da Glória (MUG), qui avait été reléguée l’an dernier suite à un accident, devrait retrouver l’élite en 2009.

Vingt-et un ans après avoir fait du combat pour la préservation de la plus grande forêt tropicale le thème de son défilé, Mocidade Unida da Glória a remis le couvert (forestier) : « Amazônia, lendas e cobiças », soit « Amazonie, légendes et convoitises ».

Passons aujourd’hui rapidement sur la métaphore du « poumon du monde », scientifiquement infondée mais qui a eu le mérite de sensibiliser les opinions publiques, passons sur les mines de fer à ciel ouvert des Carajás, la déforestation ; nous aurons l’occasion, hélas, d’y revenir. Il est même à craindre que la prochaine génération de la Jeunesse unie de Glória aura à faire de ce gâchis le thème de son samba en 2029.

Il n’y aurait d’ailleurs plus un seul hectare de forêt primaire que, sur le modèle de l’Atlandide, le thème de l’Amazonie, récurrent à l’occasion de chaque Carnaval, continuerait de servir d’inépuisable source d’inspiration pour s’emparer des mythes, les transformer, voire en créer de nouveaux.

Les Amazones étant de ces créatures qui peuplent nos imaginaires, elles se sont donc généreusement montrées, de la comissão da frente aux chars allégoriques. Et peu importait qu’elles montaient leur cheval à la mode du Moyen-Âge européen, sans doute était-ce plus confortable !

Iara, déesse indienne des eaux est-elle vraiment née de ce côté-ci de l’Atlantique, ou est-elle, soeur de Iemanjá, le résultat d’une fusion avec l’Afrique, l’autre grand continent mythique des Brésiliens ?

Et puis règne Vitória-régia. Il y a longtemps, dans une tribu indigène, se racontait que la Lune était un Dieu qui séduisait les plus belles vierges du village. L’une d’elles, la guerrière Naiá, rêvait d’être appelée par lui. Les anciens avaient beau lui répéter que le Dieu Lune se nourrissait du sang et de la chair des jeunes vierges pour en faire les étoiles du ciel, Naiá chevauchait chaque nuit dans les montagnes, à sa recherche. Un jour, s’étant arrêtée pour se reposer au bord d’un lac, elle finit par voir à la surface de l’eau le reflet de son Dieu aimé. Étourdie de passion, elle se jeta à l’eau et se noya. Ému par le sacrifice de la belle Indienne, la Lune décida d’en faire une étoile différente, le Dieu la tranforma en étoile des eaux, unique et parfaite, qui est la Vitória-régia. Ainsi naquit la reine des plantes de l’Univers dont les fleurs parfumées et blanches s’ouvrent la nuit et rosissent au lever du soleil.
Amazone,
Sanctuaire de beautés ensorceleuses,
Orchidées, colibris et indiens nus,
Pierres précieuses brésiliennes,
Il y a de l’or et de l’argent dans le fleuve Juruá,
Des vitoria-regia, de grands serpents de feu,
L’amazone indienne qui va seule à cheval
Croise le fer dans la montagne des Carajás.

Unidos de Barreiros

carnaval barreiros
On peut dire du Carnaval : « Panem et Circenses », « Du pain et les Jeux du Cirque ». Et puis, d’un haussement d’épaules, passer à autre chose...

On peut voir dans le Carnaval un moment spécial dans l’année, celui où l’on met de côté une vie routinière, un travail que dans la grande majorité des cas l’on n’a pas choisi. Pour le dire vite, la mise entre parenthèses d’une vie subie.

Que le Carnaval soit une soupape, on peut difficilement le nier. Mais ceux qui, d’un air entendu, vaguement supérieur, haussent les épaules, ont-ils changé la vie, sont-ils en passe de la changer pour de bon ? En passant à autre chose, ne sont-ils pas aussitôt retournés à leur routine ? Celle d’un travail subi. Ou celle d’une adhésion de façade à une lutte qui leur donne bonne conscience ? Ou celle de leur dépression, silencieuse et douce souvent, profonde et définitive parfois ?

On peut, pendant ce moment spécial de la vie, tenter d’observer les femmes et les hommes qui y consacrent le meilleur d’eux-mêmes. Et tenter de les aimer, en se gardant des jugements définitifs.

Ce soir, j’ai envie de vous parler un peu de l’une des écoles de samba qui défilait la nuit dernière sur le sambodrome de Vitória : Barreiros. L’intitulé complet en est Unidos de Barreiros. Parce que, comme on le dit des deux côtés de l’océan, l’union fait la force, nombre d’écoles de samba nous font savoir qu’elles sont des associations de femmes et d’hommes d’une même communauté, les agremiações. Unis, donc Unidos.

En tout cas, c’est ainsi qu’elles sont nées, par la volonté d’un meneur — on dit leader, quand on a la pudeur des marketeurs et des politiciens — dans un quartier, souvent un de ces quartiers, qu’on dit défavorisés, une favela ou quelque chose qui lui ressemble.

Depuis longtemps déjà, encouragés par quelques stars qui se piquent de savoir samber, ceux de l’élite et des classes moyennes les rejoignent le temps du défilé en se payant la tenue disponible d’une ala pas trop regardante. L’ala, c’est l’aile d’un déploiement de forces — comme on en trouve dans les partis politiques, les équipes sportives ou les armées napoléoniennes —, autrement dit un groupe de l’association qui, chaque année, va illustrer un des thèmes de l’enredo, qui est le scénario du défilé.

Au moment de juger les écoles, les participants comme les simples spectateurs, qui discutent longuement des mérites des unes et des autres, se divisent justement sur ce critère. Les écoles les plus riches sont, entend-on, les moins authentiques. Il faudrait donc se défier du pur effet esthétique que procurent la densité, le chatoiement, le luxe des détails, et privilégier ceux qui, en dépit de moyens matériels limités, mettent tout ce qu’ils possèdent, c’est-à-dire leur corps et leur âme, dans la balance. On les voit, en effet, les premiers se traîner souvent en ondulant sans conviction, les seconds chanter vraiment et s’agiter férocement.

Pour faire partie du groupe dit spécial, la première division de la compétition, Barreiros est forcé de jouer le nombre. Comme il n’est pas facile de recruter 2.500 participants issus du quartier où elle est née, São Cristovão, elle accueille volontiers le (petit) bourgeois de passage, sans pour autant, contrairement à d’autres sans doute, vendre son âme.

Cette année, Unidos de Barreiros nous a donné une leçon de respect de la diversité. Non pas la bio-diversité, ce truc à la mode chez les bobos, qui trouvent le malin plaisir de récupérer à leur profit jusqu'aux combats les plus justes, mais la diversité humaine, vous et moi et les gens exceptionnels. Barreiros célébrait le travail d’une autre association, l’Association des parents et amis des exceptionnels (APAR). Ces femmes et ces hommes exceptionnels, ce sont ceux que l’on ne voit pas ou que l’on ne voudrait pas voir, les handicapés, les très pauvres en destinée ou en ADN. C’était une ambition risquée, il fallait éviter l’exhibition de monstres de foire et simplement offrir aux êtres exceptionnels le droit de participer comme tout un chacun. Disons-le, l’objectif a été atteint, il suffisait de croiser leurs regards pour lire dans leurs yeux la joie d’être de la fête et de recevoir les mêmes applaudissements que les gens ordinaires. Ni plus, ni moins.

Dans la recherche de l’égalité
APAE est dévouement, lutte et dignité !
Bat fort...
Bat, mon coeur, plus fort encore,
Je lutte pour la vie, j’affronte la mort
Je suis guerrier et vainqueur...
Avec l’ingénuité d’un enfant,
Mais avec foi et persévérance,
Je fais reculer le désamour...


carnaval barreiros

26 janvier 2008

Entr'acte

Mocidade Unida da Glória
C'est l'entr'acte. Entre deux nuits blanches.

Hier soir avait lieu le défilé des écoles du groupe d'accès, la seconde division en quelque sorte.

Cette nuit, c'est au tour de l'élite, comme disent encore certains radio-télé-reporters sportifs du mauvais côté de l'Atlantique (non, je déconne...), de nous en mettre plein les mirettes.

Tout ça ne me laisse guère de temps pour vous en dire plus. Le Carnaval n'est pas un long fleuve tranquille, mais une course échevelée. Qui commence en taxi, pour rejoindre le sambodrome. Accrochez les ceintures !

Se Deus quiser, on en reparle demain ou lundi.

P.S. : Sur la photo, un char allégorique, comme on dit du bon côté de l'Atlantique, de Mocidade Unida da Glória (MUG, pour les Capixabas), dont l'enredo nous vante l'Amazonie, patrimoine mondial de l'humanité. Une Amazonie dont on nous dit, des deux côtés de l'Atlantique, qu'elle brûlerait plus vite qu'annoncé.

24 janvier 2008

Lumières

camisa vermelha
Seul au milieu de la foule, ce jeune homme, en chemise rouge et à la cravate blanche, ne passe pas inaperçu. Quand il se joint sur scène à ses partenaires de Jucutuquara, qui jou(iss)ent d’atouts dont il est dépourvu, il parvient pourtant à les éclipser sans difficulté. Pendant le Carnaval, il n’y a décidément pas d’âge pour faire des folies de son corps !

Alignés au fond de la scène, les chanteurs de Jucutuquara poussent, sans reprendre leur souffle, le samba de l’édition 2008 de leur enredo :

Vitória, c’est la démocratie
Une bataille pour couronner
De la plus belle des manières
En prose et en vers
La Liberté tant chantée
Une Révolution dans la création
La Connaissance assure la victoire
Des Lumières sur les ténèbres
Ainsi nous conduit la Raison


ferreira (844r)

20 janvier 2008

Battre le rappel

carnaval - barreiros
Vitória défile avec une semaine d’avance sur les grandes du Carnaval. Façon de permettre aux Capixabas de prolonger la fête d’une ville à l’autre.

Ces vendredi et samedi, auront donc lieu les défilés sur le sambodrome de Vitória, agrandi cette année pour installer pour la première fois une tribune ouverte aux touristes.

Les ensaios (répétitions) se multiplient. Chaque soir, chaque nuit, jusqu’à l’aube. Qu’il pleuve ou qu’il vente, comme à l’heure où j’écris ces quelques lignes. Le moindre détail doit être réglé, pour ne pas perdre de points, bêtement, comme l’an dernier Mocidade Unida da Glória, rétrogradée en seconde division. Chaque communauté se doit de présenter le meilleur visage d’elle-même.

Et puis c’est l’été, c’est le temps des vacances, le temps aussi des retrouvailles pour ceux que le travail sépare le reste de l'année. Il est temps de battre le rappel, de faire sonner les téléphones. La liste des rendez-vous s’allonge.
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