28 janvier 2008

Mythologies

carnaval - MUG
Les deux défilés des écoles de samba de Vitória sont donc derrière nous ; pour autant l’esprit du Carnaval ne nous a pas totalement abandonnés. Ici même, les blocos vont continuer à sillonner les quartiers jusqu’au mercredi des Cendres, et nombre de Capixabas s’apprêtent à rejoindre par la route ou par les airs Rio et Salvador pour doubler la mise.

Si, pour le groupe spécial, les spéculations vont bon train quant au classement qui sera proclamé demain, il semble qu’il n’y ait guère de suspense s’agissant du groupe d’accès. Mocidade Unida da Glória (MUG), qui avait été reléguée l’an dernier suite à un accident, devrait retrouver l’élite en 2009.

Vingt-et un ans après avoir fait du combat pour la préservation de la plus grande forêt tropicale le thème de son défilé, Mocidade Unida da Glória a remis le couvert (forestier) : « Amazônia, lendas e cobiças », soit « Amazonie, légendes et convoitises ».

Passons aujourd’hui rapidement sur la métaphore du « poumon du monde », scientifiquement infondée mais qui a eu le mérite de sensibiliser les opinions publiques, passons sur les mines de fer à ciel ouvert des Carajás, la déforestation ; nous aurons l’occasion, hélas, d’y revenir. Il est même à craindre que la prochaine génération de la Jeunesse unie de Glória aura à faire de ce gâchis le thème de son samba en 2029.

Il n’y aurait d’ailleurs plus un seul hectare de forêt primaire que, sur le modèle de l’Atlandide, le thème de l’Amazonie, récurrent à l’occasion de chaque Carnaval, continuerait de servir d’inépuisable source d’inspiration pour s’emparer des mythes, les transformer, voire en créer de nouveaux.

Les Amazones étant de ces créatures qui peuplent nos imaginaires, elles se sont donc généreusement montrées, de la comissão da frente aux chars allégoriques. Et peu importait qu’elles montaient leur cheval à la mode du Moyen-Âge européen, sans doute était-ce plus confortable !

Iara, déesse indienne des eaux est-elle vraiment née de ce côté-ci de l’Atlantique, ou est-elle, soeur de Iemanjá, le résultat d’une fusion avec l’Afrique, l’autre grand continent mythique des Brésiliens ?

Et puis règne Vitória-régia. Il y a longtemps, dans une tribu indigène, se racontait que la Lune était un Dieu qui séduisait les plus belles vierges du village. L’une d’elles, la guerrière Naiá, rêvait d’être appelée par lui. Les anciens avaient beau lui répéter que le Dieu Lune se nourrissait du sang et de la chair des jeunes vierges pour en faire les étoiles du ciel, Naiá chevauchait chaque nuit dans les montagnes, à sa recherche. Un jour, s’étant arrêtée pour se reposer au bord d’un lac, elle finit par voir à la surface de l’eau le reflet de son Dieu aimé. Étourdie de passion, elle se jeta à l’eau et se noya. Ému par le sacrifice de la belle Indienne, la Lune décida d’en faire une étoile différente, le Dieu la tranforma en étoile des eaux, unique et parfaite, qui est la Vitória-régia. Ainsi naquit la reine des plantes de l’Univers dont les fleurs parfumées et blanches s’ouvrent la nuit et rosissent au lever du soleil.
Amazone,
Sanctuaire de beautés ensorceleuses,
Orchidées, colibris et indiens nus,
Pierres précieuses brésiliennes,
Il y a de l’or et de l’argent dans le fleuve Juruá,
Des vitoria-regia, de grands serpents de feu,
L’amazone indienne qui va seule à cheval
Croise le fer dans la montagne des Carajás.
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