06 octobre 2012

Adel Abdessemed est innocent

Depuis le 3 octobre, c'est-à-dire depuis le jour de mon retour à Vitória, Adel Abdessemed s'expose à Paris, Beaubourg – à moins qu'il ne faille dire « Beaubourg, Paris ». Pompidou nous dit – est-ce l'artiste lui-même qui le leur a soufflé ? – qu'Adel Abdessemed est innocent. Donc le monde est mal foutu – ça tout un chacun le sait déjà depuis belle lurette, mais ça ne fait pas de mal de le rappeler – et le monde, ici, c'est sa composante chronologique. J'aurais bien voulu juger de l'innocence de AA. J'aurais voulu jouer / jouir de l'alpha et de l'oméga de son œuvre. Puisque c'est une œuvre qui ne me laisse pas indifférent depuis que je l'ai croisée à São Paulo, lors de la biennale 2006, une biennale qui s'attaquait ou s'attachait – cela sera selon votre humeur – au comment vivre ensemble.

Zero Tolerance - Adel Abdessemed / Biennale de  São Paulo 2006 -- Photo : Fr. Juif / PixeLuz

La biennale de São Paulo, justement, semble couler cette année des jours plus tranquilles que lors des éditions précédentes. Malgré tout, j'aimerais bien y faire un tour, histoire de me donner le luxe de pouvoir être surpris, encore, comme il y a six ans je l'avais été par Adel Abdessemed, sa vision de la rue, le spectacle d'un chat bouffant une souris sur grand écran, filmé au ras du sol, filmé de là où il faut quand on veut montrer les mouvements convulsifs qui traversent le monde contemporain – dixit Pompidou, encore eux. Mais un chat avalant une souris, me direz-vous, qu'est-ce que ça a de particulièrement contemporain ? Les chats avalent des souris depuis la nuit des temps – la nuit des temps, tous les chats sont gris. Le contemporain là-dedans, ça doit être l'acte de filmer un échantillon de la chaîne alimentaire ordinaire, conjugué à l'acte de le projeter sur un grand écran dans une salle de hangar abritant une exposition d'art étiqueté contemporain.

Ce même jour, à la faveur d'hyperliens, je découvre avec quelques mois de retard que Claude Gaignebet est mort. C'était en février, le mois de Carnaval – en général ! – et c'est précisément à Carnaval que je dois d'avoir rencontré Claude Gaignebet. Le MAES (Museu de Arte do Espírito Santo) présentait une exposition de gravures venues de Gravelines, sur le thème de Carnaval. Nous y étions, ma dame et moi, quand une employée zélée du secrétariat à la culture, nous reconnaissant, était venue vers nous pour nous annoncer que rôdait dans les parages un Français pas tout à fait innocent quant à l'organisation de l'expo. C'était Claude Gaignebet, vous l'aviez deviné. Claude nous avait accompagnés deux heures durant, nous ouvrant les yeux sur chacune des pièces exposées, décortiquant notamment l'expression de la chronologie dans les tableaux de Pieter Bruegel de Oude, passant avec bonheur de Dionysos à Rabelais et de Gargantua à Blaise. À la fin, il nous avait confié travailler sur la symbolique de la corne. Aura-t-il eu le temps d'achever cette exploration ? Sans doute pas.

J'évoquais, plus haut, des liens Internet. Cela me donne l'occasion de saluer un autre blog écrit depuis Vitória, qui est l’œuvre d'Emmanuelle, qui sans nul doute a eu l'occasion de rencontrer, elle aussi, Claude Gaignebet, eu égard à des trajectoires qui ont dû se croiser du côté de Dunkerque, France, plutôt qu'à Nice, France (bis). Mais sait-on jamais !
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