04 mars 2009

C’est quoi le Brésil (6)

Après m’être laissé aller à discourir plus que de raison sur les mœurs politiques brésiliennes, je voudrais marquer une petite halte pour reprendre ma respiration, l’occasion de m’interroger sur un concept taillé pour le Brésil.

J’ignore qui a inventé le concept de « carnavalisation » — et mes recherches sont restées vaines. Je constate que c’est un concept qui a fleuri dans différents domaines de la connaissance — et surtout dans les très bavardes études littéraires. Et je reste sur ma faim, n’ayant pas réussi à retrouver un texte produit par un universitaire guyanais, qui pointait la carnavalisation de la société brésilienne, au sens du concept qui m’intéresse ici.

En un sens, celui employé par cet universitaire, le concept est tentant, qui semble vouloir dire que tout se transforme en clowneries — palhaçadas, en brésilien —, que rien ne serait sérieux au pays du Carnaval roi.

Or s’il y a quelque chose de sérieux au Brésil, peut-être la chose la plus sérieuse, c’est justement le Carnaval, qui est une somme de rituels très précisément codifiés. Je ne fais pas ici seulement allusion aux défilés des écoles de samba qui, pour être notés, exigent une abondance de règles à observer scrupuleusement. Je prends en compte toutes les formes de Carnaval, comme celui de Salvador qui, pour paraître le plus débridé des grands Carnavals, n’en est pas moins un rituel tout autant codifié. Les milliers de Filhos de Gandhi qui parcourent la ville s’habillent tous de la même façon dans les moindres détails — il n’est que d’observer la pose du turban blanc.

Quant aux millions de « fêtards » qui viennent de tout le Brésil pour suivre en dansant les trios elétricos, ils respectent, à leur manière, un autre rituel qui consiste à vider les corps de toute leur énergie et les têtes de toutes les mauvaises pensées qui les encombrent, avant d’aborder le cycle de vie d’une nouvelle année.

Par conséquent, je me demande si ceux qui emploient le concept de carnavalisation pour dire, comme De Gaulle l’aurait dit, que « le Brésil n’est pas un pays sérieux », n’emploient pas un concept fondamentalement erroné.

Mestre-Sala e Porta-Bandeira - Jucutuquara
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