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28 janvier 2008

Unidos de Barreiros

carnaval barreiros
On peut dire du Carnaval : « Panem et Circenses », « Du pain et les Jeux du Cirque ». Et puis, d’un haussement d’épaules, passer à autre chose...

On peut voir dans le Carnaval un moment spécial dans l’année, celui où l’on met de côté une vie routinière, un travail que dans la grande majorité des cas l’on n’a pas choisi. Pour le dire vite, la mise entre parenthèses d’une vie subie.

Que le Carnaval soit une soupape, on peut difficilement le nier. Mais ceux qui, d’un air entendu, vaguement supérieur, haussent les épaules, ont-ils changé la vie, sont-ils en passe de la changer pour de bon ? En passant à autre chose, ne sont-ils pas aussitôt retournés à leur routine ? Celle d’un travail subi. Ou celle d’une adhésion de façade à une lutte qui leur donne bonne conscience ? Ou celle de leur dépression, silencieuse et douce souvent, profonde et définitive parfois ?

On peut, pendant ce moment spécial de la vie, tenter d’observer les femmes et les hommes qui y consacrent le meilleur d’eux-mêmes. Et tenter de les aimer, en se gardant des jugements définitifs.

Ce soir, j’ai envie de vous parler un peu de l’une des écoles de samba qui défilait la nuit dernière sur le sambodrome de Vitória : Barreiros. L’intitulé complet en est Unidos de Barreiros. Parce que, comme on le dit des deux côtés de l’océan, l’union fait la force, nombre d’écoles de samba nous font savoir qu’elles sont des associations de femmes et d’hommes d’une même communauté, les agremiações. Unis, donc Unidos.

En tout cas, c’est ainsi qu’elles sont nées, par la volonté d’un meneur — on dit leader, quand on a la pudeur des marketeurs et des politiciens — dans un quartier, souvent un de ces quartiers, qu’on dit défavorisés, une favela ou quelque chose qui lui ressemble.

Depuis longtemps déjà, encouragés par quelques stars qui se piquent de savoir samber, ceux de l’élite et des classes moyennes les rejoignent le temps du défilé en se payant la tenue disponible d’une ala pas trop regardante. L’ala, c’est l’aile d’un déploiement de forces — comme on en trouve dans les partis politiques, les équipes sportives ou les armées napoléoniennes —, autrement dit un groupe de l’association qui, chaque année, va illustrer un des thèmes de l’enredo, qui est le scénario du défilé.

Au moment de juger les écoles, les participants comme les simples spectateurs, qui discutent longuement des mérites des unes et des autres, se divisent justement sur ce critère. Les écoles les plus riches sont, entend-on, les moins authentiques. Il faudrait donc se défier du pur effet esthétique que procurent la densité, le chatoiement, le luxe des détails, et privilégier ceux qui, en dépit de moyens matériels limités, mettent tout ce qu’ils possèdent, c’est-à-dire leur corps et leur âme, dans la balance. On les voit, en effet, les premiers se traîner souvent en ondulant sans conviction, les seconds chanter vraiment et s’agiter férocement.

Pour faire partie du groupe dit spécial, la première division de la compétition, Barreiros est forcé de jouer le nombre. Comme il n’est pas facile de recruter 2.500 participants issus du quartier où elle est née, São Cristovão, elle accueille volontiers le (petit) bourgeois de passage, sans pour autant, contrairement à d’autres sans doute, vendre son âme.

Cette année, Unidos de Barreiros nous a donné une leçon de respect de la diversité. Non pas la bio-diversité, ce truc à la mode chez les bobos, qui trouvent le malin plaisir de récupérer à leur profit jusqu'aux combats les plus justes, mais la diversité humaine, vous et moi et les gens exceptionnels. Barreiros célébrait le travail d’une autre association, l’Association des parents et amis des exceptionnels (APAR). Ces femmes et ces hommes exceptionnels, ce sont ceux que l’on ne voit pas ou que l’on ne voudrait pas voir, les handicapés, les très pauvres en destinée ou en ADN. C’était une ambition risquée, il fallait éviter l’exhibition de monstres de foire et simplement offrir aux êtres exceptionnels le droit de participer comme tout un chacun. Disons-le, l’objectif a été atteint, il suffisait de croiser leurs regards pour lire dans leurs yeux la joie d’être de la fête et de recevoir les mêmes applaudissements que les gens ordinaires. Ni plus, ni moins.

Dans la recherche de l’égalité
APAE est dévouement, lutte et dignité !
Bat fort...
Bat, mon coeur, plus fort encore,
Je lutte pour la vie, j’affronte la mort
Je suis guerrier et vainqueur...
Avec l’ingénuité d’un enfant,
Mais avec foi et persévérance,
Je fais reculer le désamour...


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