19 décembre 2006

Quand ça ne passe pas, quand ça saigne et quand ça fuit

Députés et sénateurs s’étaient dit que ça allait grogner pendant deux ou trois jours et puis qu’ils oublieraient, Noël approchant. Eh bien non, ils ont dû mal à oublier. L’Église est monté au créneau, les syndicats — CUT en tête — ont organisé diverses manifestations de colère, les journaux ont publié des milliers de courriels de lecteurs. Même TV Globo s’y est mis. Ils ne vivent pas de la politique, ils ont pour la plupart du mal à joindre les deux bouts, et ils l’ont en travers de la gorge. Du coup, la Cour Suprême a rejeté, par six voix contre quatre, l’auto-augmentation des parlementaires en exigeant qu’elle soit votée en séances plénières de la Chambre et du Sénat.

Pour Rita de Cássia Sampaio de Souza, 45 ans et toutes ses dents, mais la tête sens dessus dessous, ça n’est vraiment pas passé et son sang n’a fait qu’un tour. Armée d’un coutelas, elle est allée tenter saigner ACM Neto, député PFL et petit-fils de l’ex-gouverneur ACM. « Estou muito revoltada com a classe política. Eles têm tudo, altos salários, mordomias, e eu nem sequer consigo sacar o meu FGTS », a déclaré l'apprentie Charlotte Corday brésilienne, interrogée par la Folha de São Paulo. Traduction abrégée: « Ils ont tout et je n’ai rien.»

J’évoquais samedi dernier la menace d’une fuite des cerveaux, proférée par José Múcio (PTB). Ce midi, on m’a raconté, non entre la poire et le fromage mais entre la mangue et le cafézinho, deux anecdotes illustrant la fuite, effective celle-ci, des cerveaux brésiliens.

Un étudiant en informatique, parti effectuer un stage de trois mois en Allemagne, n’est pas revenu. Vite repéré par le patron de l’entreprise qui l’employait, il s’est vu offrir un salaire, mérité celui-là, avec lequel peu d’entreprises brésiliennes du secteur auraient pu rivaliser. Avec, en prime, des cours intensifs d’allemand, un logement et une automobile. Comme ce Brésilien porte un patronyme d’origine germanique, son nouveau patron aurait, paraît-il, d’autant plus facilement écarté l’Indien qui était en concurrence pour le même poste.

Je garde le conditionnel pour la deuxième histoire. Selon mon informateur, qui s’en offusquait, les ingénieurs d’Embraer seraient de plus en plus nombreux à être débauchés par Boeing et Bombardier, qui leur proposeraient des salaires triples de ceux reçus chez l’avionneur brésilien. Morale de l’histoire : lorsque la libre concurrence est à son désavantage sur les plans commercial et technique, il est toujours possible de recourir à la libre concurrence sur le marché de l’emploi.

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ACM : acronyme par lequel les Brésiliens désignent Antônio Carlos Magalhães.
PFL : Parti du Front Libéral, a priori situé à droite sur l’échiquier politique.
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