01 mai 2009

De quoi le Brésil est-il riche ?

Voici une question, venue du Luxembourg, à laquelle il y aurait bien des façons de répondre. Sur un plan économique, il serait relativement facile de dresser une liste des ressources naturelles dont dispose le Brésil. Il ne serait guère plus difficile d’énumérer les productions agricoles, ou les biens produits par ses industries et ses services. Je ne le ferai donc pas.

Cette question m’a amené à réfléchir sur ce que je considère, à titre personnel, être les richesses du Brésil, celles qui me touchent, me donnent envie de rester au Brésil plutôt que de le quitter, m’amènent à défendre ce pays à l’occasion, ces richesses qui m’enrichissent.

Connaissant peu de choses de la nature, que ce soit au Brésil ou ailleurs, je ne m’attarderai guère sur cet aspect, même s’il m’arrive d’être intéressé, intrigué, émerveillé face à tel paysage, tel arbre — un quaresmeira, par exemple, au mois de mars —, telle plante ou telle bête. Pour être avant tout un animal urbain, je suis assez curieux de ce que les villes m’offrent de richesses produites ou mises en valeur par l’homme.

Est-il utile que je souligne, après tant d’autres, l’extraordinaire diversité des populations brésiliennes ? Cela a déjà été tant et tant dit, redit, chanté, loué, voire critiqué, qu’il ne me semble pas nécessaire d’insister. Malgré tout, j’ai envie, ne serait-ce que pour me rappeler des jours heureux, d’évoquer une soirée passée il y a huit ans chez les parents de l’ami Giovandro. Cela se passait à Fundão, petite ville qui se situe à une heure de route de Vitória, en allant vers les montagnes. Le père de Giovandro était cordonnier, Giovandro est aujourd’hui professeur, et un peu plus, d’une université fédérale.

Nous étions à Fundão pour fêter l’anniversaire d’une des nièces de Giovandro. Il y avait là, dans les pièces du rez-de-chaussée et dans le jardin, des enfants qui couraient en tout sens en faisant grand bruit. C’était un incroyable échantillon de Brésiliens, des peaux brunes, des peaux blanches, des yeux bleus, des yeux verts, des cheveux blonds et crépus, des cheveux noirs et lisses, selon toutes sortes de combinaisons où l’on pouvait reconnaître les traits d’ascendants indigènes, africains ou européens. Ces enfants n’étaient pas les enfants du quartier, comme je l’avais d’abord cru. Ces enfants étaient tous cousins, filles et fils des frères et soeurs de Giovandro. Il y avait là comme un précipité de ce qui était arrivé à l’humanité depuis qu’elle s’était dispersée à travers le monde, en suivant des chemins différents, qui avaient abouti à l’apparition de multiples nations, cultures, langues, avant de se retrouver ici, au Brésil, ce Brésil qui montre la voie d’un Brésil possible, idéal, prototype d’une humanité future, réconciliée, où vivraient en bonne intelligence et sans frontière la grande famille humaine. Nous en sommes encore loin, y compris dans le Brésil réel d’aujourd’hui, et ce jour n’arrivera peut-être jamais. Mais, au moins, le Brésil nous permet d’entrevoir ce que pourrait être cette famille humaine de demain. Et c’est déjà beaucoup.

Il n’est pas étonnant, compte tenu du brassage des populations, que le Brésil soit l’un des pays qui ait produit une des plus grandes variétés de musiques — musiques des tribus indigènes, d’origine africaine ou européenne qui, en se nourrissant les unes des autres, ont donné le forró, le choro, le maracatu, le samba, la bossa nova, etc. — ou ont acclimaté les musiques érudites européennes — Villa Lobos en est l’exemple le plus connu —, nord-américaines — le jazz, le hip hop, le funk — et même japonaises.

Ce n’est pas un hasard si, parlant des productions humaines et urbaines, j’aborde en premier lieu l’archipel musical brésilien. Ce n’est sans doute pas un hasard, ai-je dit, mais je ne sais pas expliquer comment ces musiques ont réussi à faire leur chemin jusqu’à mes oreilles quand, encore adolescent, elles étaient entièrement tournées vers l’Angleterre et les États-Unis. Il y a là quelque chose de profondément singulier qui m’a amené à prêter attention à Vinicius de Moraes et Toquinho, puis Milton Nascimento, alors que rien en apparence ne me préparait à les recevoir.

Le Brésil est riche de ses musiques, il est riche de bien d’autres productions artistiques, auxquelles je consacrerai sans doute de futurs billets, selon mon bon plaisir.
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