10 janvier 2012

Un Japonais nommé João Gilberto Prado Pereira de Oliveira

« Parfois, je crois qu'il est en rien brésilien, mais japonais. » C'est ce que dit Toshimitsu Aono à Marc Fischer à propos de notre João Gilberto. Et Toshimitsu d'expliquer : « À cause de son esthétique si sobre, concise, précise, exacte, se répétant à l'infini. En plus, il chante dans un rythme qui n'est pas celui qui est joué. Et même comme ça, tout s'emboîte, comme si ça sortait d'un instrument complètement nouveau. »

C'est à Toshimitsu que Marc doit de découvrir vraiment João Gilberto. C'est lui qui lui fait écouter les deux minutes et dix-sept secondes de Ho-ba-la-lá. Grâce à Toshimitsu, la chanson apparemment toute simple, aux paroles bébêtes, rejoint soudain le musée imaginaire de Marc.

Il y a parmi nous de rares hommes et femmes qui, même chantant le bottin (1), parviennent à nous émouvoir au plus profond. Des êtres suffisamment innocents, pas loin d'être autistes qui vivent dans un autre monde, un monde qui se veut parfait et qui, par conséquent, ne peut être peuplé que par l'artiste-autiste, tout entier occupé à cultiver la fleur de la beauté quand les autres tournent autour de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, pleins de sales idées en tête. Les autres, c'est bien sûr nous, capables malgré tout de nous arrêter de tourniller par instants pour observer, voire contempler, le jardin où vit l'artiste-autiste. Ni bien, ni mal, beau.

Grâce à Toshimitsu, Marc s'est arrêté pour prêter l'oreille et un peu plus, le cœur, à la musique aussi simple qu'étrange de João Gilberto. Grâce à Kimiko, dans la même ville, Tokyo, j'ai écouté différemment le João Gilberto dont je ne connaissais que le travail accompli avec Stan Getz et Tom Jobim.

Pourquoi faut-il que je me sois assis en face d'elle dans l'établissement, où mes deux collègues et moi étions invités à dîner par l'entreprise qui nous aidait à y voir plus clair du monde futur qui nous attendait ? Pourquoi faut-il que je l'ai suivie, au sortir du restaurant, dans une course insensée à travers la nuit tokyoïte qui s'est achevée à l'aube chez elle, où passait en boucle cet extrait du premier vinyle 33 tours de João Gilberto : Ho-ba-la-lá ?

Terá feliz o coração
O amor encontrará
Ouvindo esta canção
Alguém compreenderá
Seu coração

Décidément, Marc, nous aurions eu beaucoup à nous dire, si tu ne t'étais pas défenestré. Peut-on papoter avec un mort, même quand on ne croit pas au paradis post mortem ? Je crains que oui, comme on le verra.

(1) Miles Davis dira : « He could read a newspaper and sound good ».



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