13 juillet 2006

Manger ou conduire, il faut choisir

Diminution des réserves de pétrole facilement accessible, augmentation de la demande en énergie et produits alimentaires des deux pays les plus peuplés de la planète, il n’y a désormais plus de doute quant à la nécessité de revoir nos modes de production et de consommation.

Toutefois, cette certitude ne nous dit pas quel scénario émergera ces prochaines années. Entre récession ou développement maîtrisé, guerres ou gouvernance mondiale, le champ des possibles est vaste. Est-il possible, pour autant, de dessiner dès aujourd’hui quelques grandes lignes de force dont la forte probabilité pourrait nous guider ?

À moins d’un cataclysme qui obligerait les populations à modifier du tout au tout leurs modes de vie, la demande en énergie et en matières premières ne va pas cesser de croître du jour au lendemain, ni les besoins en produits alimentaires. La conséquence immédiate en sera, comme pour le pétrole, une tendance sur le long terme à une augmentation de leurs prix.

Certains secteurs les plus avancés du marché l’ont bien compris qui investissent d’ores et déjà dans la production de nouvelles sources d’énergie ou, remontant la chaîne de production encore plus en amont, dans les terres arables.

L’éthanol et le biodiesel feront partie, c’est acquis, du portefeuille des énergies renouvelables. Dans quelle proportion, il est impossible de le dire. Rappelons que les deux principaux producteurs d’alcool combustible, le Brésil et les États Unis, mènent la course au coude à coude. Aux États Unis, le maïs en est la matière première ; au Brésil c’est la canne à sucre. L’américain Cargill et les français Sucden, Louis Dreyfus et Tereos ont été les premiers à investir dans les céréales et la canne brésiliennes. Ces derniers mois, les investisseurs nord-américains, allemands, australiens, japonais et indiens multiplient leurs visites aux campagnes brésiliennes. George Soros, toujours à l’affût des investissements les plus juteux pour ne pas dire spéculatifs, vient de mettre les pieds dans les Minas Gerais. Les fondateurs de Google, Sergey Brin et Larry Page, ont rendu visite au groupe Cosan. L’homme le plus riche de la planète, Bill Gates, leur a emboîté le pas.

Pareils mouvements devraient se multiplier partout sur la planète. Des dizaines de plantes différentes, avec des rendements variables, sont susceptibles d’alimenter ce marché en forte expansion. Les terres cultivables n’étant pas infinies, des arbitrages vont devoir être faits entre production d’énergie et produits alimentaires. Les prix des uns et des autres vont connaître, c’est inévitable, des tensions. Les prix de l’éthanol vont connaître des variations dépendant de paramètres différents de ceux de la production de pétrole, comme par exemple les aléas climatiques. Plus qu’un improbable slogan publicitaire, « Manger ou conduire, il faut choisir » risque de devenir l’enjeu de batailles politiques majeures.

Des solutions existent pourtant pour satisfaire les besoins tant alimentaires qu’énergétiques. Elles passent par une amélioration des rendements et la mise en culture de zones considérées comme désertiques. Des intérêts continueront de s’affronter, des égoïsmes persisteront. Ce n’est pas seulement par la grâce du marché que les meilleures technologies se répandront. Les oligarchies actuelles n’abdiqueront pas leur pouvoir économique dans les pays qu’elles contrôlent. Les conflits politico-religieux n’aideront pas à faire émerger le bien commun. Un seul exemple : il serait de l’intérêt des populations des pays arabes que leurs gouvernements s’entendent avec Israël, qui possède tous les atouts pour relever les défis du développement durable, il est malheureusement fort peu probable que les uns et les autres s’entendent. À plus forte raison quand des minorités agissantes n’ont qu’un objectif : en finir avec la vie.

On ne pense pas nécessairement au Brésil lorsqu’on évoque la désertification. Pourtant, le désert a inspiré l’un des plus grands chefs d’oeuvre de la littérature brésilienne, Grande Sertão: Veredas. 32 millions de Brésiliens vivent dans des zones arides ou semi-arides. Onze États sont concernés : Alagoas, Bahia, Ceará, Espírito Santo, Maranhão, Minas Gerais, Paraíba, Pernambuco, Piauí, Rio Grande do Norte et Sergipe. Élaboré avec le concours d’organisations de la société civile, un programme fédéral de lutte contre la désertication, doté d’un budget de 11 milliards de dollars, a reçu en octobre dernier le soutien financier, entre autres, des Nations Unies.

Ce premier éclairage sur les lignes de force de demain se poursuivra dans les jours qui viennent. Se Deus quiser...
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