23 décembre 2006

De la gauche anti-libérale

Même si le Brésil est le premier lieu de ces chroniques, je ne m’interdis pas de m’aventurer en des territoires plus exotiques. La France en est un pour qui vit loin d’elle. J’ai beau consulter chaque jour ou presque la presse en ligne parisienne, en lire deux ou trois articles, j’ai beau communiquer, ou plutôt skyper, plusieurs fois par semaine avec mon fils, qui vit et travaille à Lyon, et bien d’autres restés les deux pieds sur la terre natale, j’ai beau zappé sur TV5, j’ai beau écrire chaque jour en français ne serait-ce que pour ce blog, la France s’éloigne chaque jour un peu plus. Cela n’a pas que des inconvénients, cela permet de se mettre à juste distance de l’objet observé.

Citoyen français je demeure, mon passeport en fait foi. Des élections sont annoncées. J’ai le droit de participer à celle du futur Président. Userai-je de ce droit ? Je ne le sais pas encore. Des trois candidats susceptibles de figurer au second tour, l’un me révulse, les deux autres m’inquiètent, pour des raisons différentes sur lesquelles je reviendrai sans doute d’ici le scrutin.

L’événement marquant de la semaine a été, sur ce terrain, l’impossibilité pour la gauche anti-libérale de se mettre d’accord sur une candidature unique. Je mentirais si je prétendais que cela m’a contrarié. Pour autant, cela ne m’indiffère pas. Des amis de trente ans, formés à l’école de l’extrême-gauche, restent fidèles à un credo anti-libéral. Je les sais sincères et préoccupés par le monde qu’ils vont léguer à leurs enfants, fussent-ils symboliques pour ceux d’entre eux qui ne sont pas à proprement parler parents.

J’ai lu ici et là, parfois sur d’excellents blogs, que le désaccord s’expliquait par des intérêts contradictoires, des égos surdimensionnés, des pratiques différentes, des idéologies divergentes. Tout cela est vrai, mais n’explique pas tout de cet échec.

Au PS et à l’UMP, des égos monstrueux s’affrontent, des courants de pensée rivalisent, les coups tordus ne manquent pas, libéraux et anti-libéraux expriment des visions du monde différentes. Même si, pour l’heure, il est impossible d’écarter des candidatures dissidentes, comme celles de Mélanchon ou MAM, il est probable que Ségolène Royal sera la candidate unique du PS et que Nicolas Sarkozy sera celui de l’UMP.

Dans ces conditions, qu’est-ce qui fait la différence entre ces partis, dits de gouvernement, et ceux de la gauche anti-libérale pour expliquer leur incapacité à s’unir ? Cela me paraît se résumer à ceci : l’incapacité congénitale des seconds au compromis.

Robespierre, Danton, Saint Just, leurs têtes ont été tranchées pour n’avoir pas su trouver un compromis. La Révolution russe a échoué pour les mêmes raisons. Et ainsi de suite de tous les mouvements révolutionnaires parvenus au pouvoir suprême.

Pour nombre de militants de la gauche radicale, le compromis équivaudrait à la compromission. Le compromis est inacceptable parce que traître à l’idée qu’ils se font d’un monde idéal. Un jour peut-être l’un de ces mouvements réussira : le jour où le Chef commandera l’armée de ses propres clones.

L’échec de la gauche anti-libérale est le symptôme d’une incapacité à accepter l’autre.
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