14 janvier 2007

Irak, nouveau Viêt Nam ?

Qui aurait cru, après avoir vu les derniers États-uniens fuir la peur au ventre et en grand désordre leur ambassade à Saïgon, que les États-Unis finiraient par gagner cette guerre une génération plus tard ? Certainement pas ceux qui, ce jour-là, fêtaient bruyamment, un verre de bière à la main, la victoire du Viêt Công, ni moi-même, qui les observait, en montant vers le restau U.

Il y aurait matière à en rire si des millions d’hommes, côté viêtnamien, et plusieurs dizaines de milliers, côté américain, n’avaient perdu la vie dans ce conflit qui des années durant a occupé le devant de la scène médiatique mondiale.

Je n’ai pu m’empêcher de sourire en lisant aujourd'hui l’interview, publiée dans la Folha de São Paulo, de Mark Mobius, président de la Templeton Emerging Markets Fund Inc., sise à Hong Kong, dont le travail consiste à répartir entre les pays dits émergents les 32 milliards de dollars qu’un ensemble d’investisseurs, pour une large part états-uniens (fonds de pension et d’investissement, banques, entreprises et particuliers), comptent y placer en 2007.

Une fois posées les questions relatives au Brésil, qui recevra 18% de cette manne, la journaliste brésilienne demande à Mark Mobius ce qu’il fait au Viêt Nam.

« Je me suis rendu au Viêt Nam à l’invitation de son président, Nguyen Minh Triet, qui nous a assuré faire tout ce qui est en son pouvoir pour faciliter la vie [de Franklin Templeton Investments] et faire en sorte que les affaires soient juteuses. »

À l’heure où, aux États Unis, des voix, chaque jour plus nombreuses, s’élèvent pour comparer la guerre en Irak avec celle du Viêt Nam, peut-on affirmer, comme hier Francis Fukuyama, qu’il s’en faudra d’une génération pour effacer les dégâts commis par George W. Bush ? Personnellement, et sans que je puisse l’expliquer clairement, je ne le crois pas. Mais je peux me tromper, de la même façon que je me suis trompé en 1975.
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...