04 janvier 2007

La santé, la vie, la mort, l’enfer, le paradis

J’ai beau savoir que personne n’est ponctuel au Brésil, j’arrive toujours à l’heure. « Britanicamente pontual », comme me le fait chaque fois remarquer Ary. Aujourd’hui encore, je suis arrivé à l’heure, et même un peu en avance pour aggraver mon cas.

Qu’à cela ne tienne, il y a tout ce qu’il faut pour patienter, des magazines féminins poisseux, de l’eau fraîche et du café à volonté, un téléviseur bloqué sur Globo. Et la secrétaire à qui j’ai tendu en arrivant ma carte verte et vitale, c’est-à-dire ma carte Unimed.

C’est pratique puisque je n’ai rien à payer au médecin, mais ça n’a rien de gratuit puisque je recevrai la facture dans un mois ou deux. La moitié est pour ma pomme, l’autre pour Unimed, mais il faut le dire vite puisque Unimed reçoit ma contribution chaque mois.

Les patients défilent dans le cabinet à un rythme d’enfer et ressortent l’air heureux, une ordonnance à la main. J’observe la secrétaire. Je ne voudrais pas l’observer que ce serait pareil. Elle parle suffisamment fort dans un téléphone invisible, un mini-microphone greffé au coin de sa bouche, pour qu’aucun patient ne puisse l’oublier.

En fait, elle le fait vraiment exprès. Il m’aura fallu quelques minutes avant de comprendre. Le secrétariat médical semblant ne pas être une activité qui l’occupe à temps plein, elle profite des temps morts pour appeler des personnes tirées au hasard, de parfaits inconnus à qui elle fait l’article, l’article de la mort, si j’ose dire. Son argumentaire commence en douceur : avez-vous songé à ce qui vous attend dans l’au-delà ? Et quand elle a fini son boniment, elle se tourne vers nous, les patients, pour tenter de nous cibler.

Que vend-elle ? Son pasteur, son évêque. Le droit d’entrée est de 50 reais. Pas cher pour entrer au Paradis, un Paradis qui commence aujourd’hui. Sur Terre, oui. Avec les milliers de frères et soeurs déjà conquis, autrefois des brebis égarées. À condition de payer. La vendeuse sourit, c’est important de sourire puisque ça s’entend au téléphone. Combien de fois l’ai-je dit à mes vendeurs !

Elle sursaute, le docteur B. lui demande le nom du prochain patient. C’est moi.
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