26 mai 2007

De l’influence de la Chine sur le marché du travail brésilien

Voyez, disent les uns, nos chaussures brésiliennes se faire de plus en plus rares sur les rayons des Wal-Mart et sur les trottoirs du Texas ou de l’Illinois. Voyez, disent les autres, nos jupettes affriolantes déserter les vitrines et les plages de Floride ou de Californie. Au Brésil aussi, des patrons, des économistes et des politiques pointent de plus en plus souvent un doigt accusateur vers la Chine. Et la menacent de représailles.

Sur le terrain des négociations permanentes à quoi oblige le marché mondial, les médias sont mis à contribution. L’agence Chine Nouvelle y va ce matin de son petit communiqué : « Les échanges commerciaux avec la Chine ont plutôt contribué à créer des emplois au Brésil en 2005. »

C’est de bonne guerre, l’agence relève que c’est une économiste brésilienne qui le dit, Marta Reis Castilho, de l’université fédérale de l’État de Rio, la Fluminense. Selon elle, 559.598 emplois — admirez la précision ! — ont été créés grâce aux exportations vers la Chine, alors que n’ont été perdus que 237.455 postes. De ceux-ci et de ceux-là, combien ressortent du monde informel ?

Près des ¾ de ces créations concernent des emplois peu ou pas qualifiés, compte tenu qu’il s’agit d’activités du secteur primaire (produits agricoles et minerai de fer, notamment). Ce qui renvoie à cette litanie nord-hémisphérique : contre les pays émergents, les pays développés se doivent d’offrir des biens à forte valeur ajoutée. Un discours qu’on commence aussi à entendre au Brésil, dans le secteur industriel. Un discours qui apparaît vite absurde si l’on pousse le raisonnement jusqu’au bout.

Nous aurons toujours besoin de produits agricoles et de matières premières. Mieux, leurs prix ont tendance à augmenter et ce phénomène n’est pas près de s’arrêter, au rythme où croissent les économies dites émergentes. Qu’on en profite pour améliorer les conditions de travail et les salaires des ouvriers et des agriculteurs ! Ce serait le début d’un cercle vertueux qui permettrait de développer aussi les marchés intérieurs du Brésil, de Chine et de bien d’autres pays géo-politiquement situés au Sud. Et de remettre un peu de fair play sur le tapis du jeu de stratégie appelé mondialisation.
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