03 août 2007

Grosse fatigue

Cela aurait commencé du côté de Campos do Jordão, à deux heures de route de São Paulo, lors d’un de ces week-ends où le top de l’élite paulistana aime se retrouver entre gens du même monde. Inévitablement, les conversations auraient fini par tourner autour de la situation politique actuelle. Et, soudain, quelqu’un aurait trouvé le mot : « Cansei ».

« Cansei », cela veut dire « Je suis fatigué ». En quelques jours, sous l’impulsion du Comité des jeunes patrons de la Fédération des industries de l’État de São Paulo (FIESP), le mouvement d’humeur s’est transformé en mouvement d’opinion. Une partie de l’Ordre des avocats (OAB) s’est ralliée. Tout comme João Doria Jr, surnommé Senhor Riquinho (Monsieur le Richard). Mariée à un Brésilien, Athina Onassis en est aussi.

De quoi sont-ils fatigués ? De la corruption, de la violence, de l’impunité, de l’inaction du gouvernement, de son incompétence. Bref, de l’état des choses. Un état des choses dont ils ne sont, bien sûr, en aucune manière responsables. Car il n’y a bien évidemment aucun rapport entre leurs villas de 1200 m², leurs Mercedes blindées, leurs hélicoptères, bref leur train de vie, et ce qui se passe à leur périphérie.

Du côté du gouvernement et du PT, on crie au loup. Cansei ne représenterait que l’élite blanche. Pire encore, Cansei serait un mouvement golpiste. Le nouveau ministre de la Défense, Nelson Jobim, va devoir resserrer les rangs. Comme si la mission de rétablissement de l’ordre dans le ciel brésilien ne lui suffisait pas !

Face à ces critiques, les nouveaux fatigués rappellent que c’est le libre jeu de la démocratie que de critiquer, que le mouvement est transversal aux partis politiques, qu’il gagne les classes moyennes. Encore un peu et leurs employées de maison vont se joindre un eux. Et, pour exprimer leur fatigue, se laisser choir sur le meilleur canapé du salon de leur patron et dire qu’elles ne se remettront au travail que quand c’en sera fini de la violence dans leurs favelas, de l’impunité dont jouissent les policiers qui pactisent avec les traficants, des salaires de misère et des files d’attente dans les couloirs des hôpitaux publics !

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Sur le même sujet, lire la chronique de Fernando Canzian, qui conclut en recommandant le clip ci-dessous, où Max Gonzaga, pas encore fatigué, ironise avec énergie et talent sur les classes moyennes, cible de tous les marchés et désormais de Cansei.

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