27 septembre 2007

Patraque

Il est des jours où l’on se sent patraque, un peu grippé, de mauvais poil, et où il ne faudrait rien faire pour reprendre des forces. Rien faire, je ne sais malheureusement pas faire. Il faut toujours que j’invente un dispositif. Par exemple, écouter un disque que je ne connais pas pour me donner le droit de m’allonger sur le canapé.

C’était le cas hier. D’autant que le ciel était de la partie, maussade en diable, et que le thermomètre de la madame météo nous disait que la sensation thermique était de sept degrés. Sept degrés à Vitória ! Je n’en croyais pas mes oreilles, un peu bouchées, comme mon nez, d’ailleurs.

En descendant le matin à l’accueil de la résidence, j’étais tout de même tombé sur un drôle de pingouin, emmitouflé dans un anorak et portant bonnet de laine, comme s’il s’apprêtait à prendre l’avion pour Bariloche.
— Tu vas où, comme ça ? je lui demande.
— À l’école.

Décidément, il y a quelque chose de pourri au royaume des enfants, et pas seulement au Danemark.

Bref, je farfouille la collection de disques, ces rondelles de plastique dont les enfants ont vaguement entendu parler, et je tombe sur un Quarteto JB de derrière les fagots dont je ne sais rien.

J comme Jazz. B comme Bossa. Il s’agit d’un groupe de Vitória dont j’apprends, en dépliant la pochette, qu’il est de stature mondiale, aussi à l’aise au Ronnie Scott’s de Londres, au Blue Note de Nova Iorque ou à Montreux.

Montreux ! Ça ne pouvait pas mieux tomber. J’avais vu la veille, au cinéma, Fabricando Tom Zé, un documentaire prenant prétexte d’une tournée européenne du génie des Carpates tropicalistes pour tenter de nous révéler le secret de fabrication du spécimen, croisement entre le Zappa de Weasels Ripped My Flesh et l’Albert Marcoeur franchouille des seventies.

Un des grands moments du film est l’engueulade que se prend, à Montreux, l’ingénieur du son incapable, selon TZ, de rendre jus à son architecture sonore. Une engueulade qui sert d’exutoire à un insistant complexe d’infériorité du tiers-monde, incarné par le Zé bricoleur par manque de formation, vis-à-vis d’un premier monde personnifié par l’ingénieur, prétendûment sorti des meilleures écoles du son suisse.

Et comme Tom Zé est un génie, ça n’arrange rien. D’autant que, comme tout génie qui se respecte et pas qu’un peu, quatre-vingt-dix pour cent de sa production ne valent pas tripette. Mais qui s’en plaindrait quand les dix pour cent restants vous collent une extase à faire bander un mort ?

Je ruminais vaguement tout ça sur mon canapé, bercé par le Quarteto JB, des gars compétents qui jouent une musique où il n’y a rien à jeter et qui s’accordait parfaitement au ciel de cendres, au coup de blues qui me chavirait l’estomac et à l’envie de plonger dans un trip, back to Never Land, ce temps où j’habitais, sinon Montreux, du moins sa banlieue. Je ruminais vaguement tout ça sur mon canapé, quand je me suis dit qu’il serait temps de mettre tout ça au propre, histoire de reprendre le cours de ce blog.
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