03 décembre 2007

En passant par Caracas

La date ne tenait en rien du hasard. La Folha de São Paulo avait décidé de publier dimanche 2 décembre les résultats d’un sondage sur un troisième mandat lulesque. Ferreira Gullar le laissait entendre dans sa chronique dominicale : le soutien accordé à Chávez par Lula, passant par une tentative de légitimation qui mobilisait le souvenir des Margaret Thatcher, Felipe González, François Mitterrand et Helmut Kohl, n’aurait eu comme but unique que de préparer l’opinion brésilienne à son propre projet de modification de la Constitution.

Selon l'institut Datafolha, ils seraient 65% à rejeter l’idée que Lula puisse se présenter à une troisième investiture consécutive. Les pourcentages varient, mais toutes les régions, y compris le Nordeste, vont dans le même sens. Il faut descendre au niveau des États pour en trouver un et un seul, le Pernambouc, en faveur d’un troisième mandat consécutif, à hauteur de 51%. Faut-il le rappeler, c’est l’État natal du pétiste en chef.

Le même sondage révèle aussi qu’ils ne seraient plus que 58% (contre 65% il y a un an), à approuver la loi qui permet deux mandats consécutifs, qui n’a été instaurée que sous la présidence de Fernando Henrique Cardoso.

Un mandat unique de 4 ans n’est-il pas suffisant ? Personnellement, je le pense. À un moment, dont tout nous laisse penser qu’il est crucial pour l’avenir de l’humanité, les mandats trop longuement exercés sont un frein aux changements, surtout lorsque les virages à prendre n’ont rien de « naturels » et vont à l’encontre de l’opinion immédiate de l’immense majorité des citoyens.

C’est dans l’opposition que l’on a le temps de réfléchir en profondeur. Ce n’est pas une condition suffisante, le Parti socialiste français nous en donne actutellement la triste preuve, mais c’est une condition nécessaire. C’est, parce qu’il était dans l’opposition, que le leader du parti travailliste australien a décidé d’appuyer la ratification du protocole de Kyoto, contre l’avis initial de ses troupes. C’est dans l’opposition que l’on a le temps de faire de la pédagogie et de préparer les alternances qui ont du sens.

Et puis que penser d’un pays qui a besoin d’être dirigé plus de 4 ou 5 ans par la même femme ou le même homme ? Ce pays est-il à ce point dépourvu de politiques de qualité qu’il faille maintenir le président ou le premier ministre dix ou quinze ans ? On me rétorquera que la plupart des États passent par de telles phases de longévité. Et alors ? La véritable démocratie se passe de leaders charismatiques, quelles que soient leurs qualités. La Confédération helvétique nous en administre la preuve depuis des décennies. Là, même un populiste aussi confortablement élu soit-il, l’UDC Christoph Blocher pour ne pas le nommer, ne dispose que de pouvoirs très limités. À l’inverse, depuis plus de quarante ans, Cuba nous démontre de la manière la plus éloquente le peu de profondeur de sa Révolution.

Et puisque je parle du loup, saluons la victoire du non au référendum vénézuélien. Les résultats sont serrés, 50,7% ont rejeté le premier paquet d’articles, 51,05% le second paquet. La situation nouvelle qui va en découler est passionnante. Tout me semble ouvert. Hugo Chávez a reconnu sans ambiguïtés sa défaite et a félicité ses opposants. Sur ce point il se révèle autrement plus démocrate qu’un George W. Bush qui, en 2000, n’avait dû sa victoire qu’à des tripatouillages dans l’État de Floride. Leopoldo López, un des leaders de l’opposition, a remercié Hugo Chávez pour avoir reconnu sans détour le résultat des urnes. Et a ajouté : « Nous voulons nous asseoir à la même table que le Président et discuter des problèmes du pays. » Il serait temps, en effet, que les intelligences se rejoignent sur un objectif commun de progrès, quitte à diverger et à débattre sur les solutions.

Si Caracas a focalisé bien des regards ces dernières heures, ce n’est pourtant pas là que se jouait l’avenir du monde. Aujourd’hui s’est ouvert à Nusa Dua la conférence internationale sur le climat. Les espérances sont énormes, à la hauteur des enjeux. Pourtant, nous pouvons nous attendre à être déçus par ce qui en sortira. À moins que, comme au Venezuela, les faits ne contredisent les prédictions.
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