30 novembre 2007

Les combats les plus beaux

Ils sont de plus en plus nombreux à nous dire qu’il ne nous reste plus que dix ans avant de prendre un autre chemin, que si nous ne le faisons pas avant dix ans, il en sera fini de l’espèce humaine à brève échéance. Ils sont de plus en plus nombreux à se répandre en belles paroles, en avertissements cinglants, en prophéties de malheur, à la tribune et dans les couloirs des conférences qui se multiplient, sur les écrans de nos téléviseurs et de nos ordinateurs, dans les colonnes des journaux et des magazines. Soit ! Mais que proposent-ils ? Rien ou presque.

Dernier exemple en vogue : un moratoire sur les agrocarburants. Il faut dire qu’ils aiment ça, les moratoires. Nucléaire, OGM, agrocarburants, ça va, ça vient, et rien ne se passe. C’est d’ailleurs le principe même du moratoire, l’action ramenée à rien ou presque. Presque, car l’on demanderait tout de même à ce lointain pays, le Brésil, par exemple, de faire des efforts sans aucune mesure avec ce qu’un moratoire impliquerait pour les pays dits développés, qui pourraient éventuellement se payer le luxe de mettre en veilleuse une filière qui commence à peine à s’organiser.

Leurs analyses sont souvent justes. La raréfaction des matières premières est indéniable. On peut, à l’infini, discuter des délais, mais ce n’est au fond qu’un détail, puisqu’arrivera un moment, pas si lointain, où il faudra bel et bien se passer de pétrole, d’uranium, de charbon, et plus tôt encore de pétrole bon marché, d’uranium bon marché, de charbon bon marché. La sécurité alimentaire pourrait être mise en danger dans de nombreux pays si les changements climatiques en cours finissent par produire des effets irréversibles. Les acteurs politiques et économiques pourraient être amenés à choisir entre conduire ou manger. Soit ! Mais que proposent-ils ? Rien ou presque.

Ils ont bien compris, ce n’est vraiment pas difficile, qu’il y a un lien entre la pression sur les ressources et la course effrénée vers le toujours plus dans laquelle s’est lancée l’humanité depuis la civilisation grecque. Ils n’ont pas forcément pris conscience que cette course s’était emballée en s’appuyant sur un levier apparu au 20ème siècle, qui est l’individualisation des besoins. À chacun sa bagnole — la Californie recense plus d’automobiles que d’habitants ! —, son téléviseur, son téléphone portable, son iPod ! Munis de ces analyses, ils en appellent à des révolutions. Soit ! Mais que proposent-ils ? En appeler à la responsabilisation des individus, à la modération de leurs consommations, ne produit rien ou presque.

Il n’est pourtant pas si difficle de tirer les conclusions de ce qui précède. Nous ne pourrons pas faire l’économie d’une rupture symbolique avec la jouissance du toujours plus et de l’individualisation. Et, si l’on veut aller vite, c’est à dire changer de chemin avant dix ans, nous ne pourrons pas faire l’économie de la contrainte.

Ce matin, le Don Quichotte qui sommeille en moi, s’est réveillé énervé ! Gare aux moulins à vent ! Que sont nos moulins à vent d’aujourd’hui ? Les éoliennes ? Certes pas ! Laissons les tourner en paix. Nos moulins à vent, ce sont ceux qui, au nom de la sauvegarde de l’humanité, n’ont que le vent de leurs paroles à nous vendre. Nos moulins à vent sont ceux qui ne proposent rien ou presque.

Don Quichotte est en colère. Don Quichotte n’en démord pas : la rupture symbolique avec la jouissance du toujours plus et de l’individualisation passe par l’interdiction universelle des véhicules automobiles privés. Les lecteurs fidèles de Don Quichotte avaient deviné depuis longtemps où il voulait en venir avec cet article.

Don Quichotte leur souhaite un bon week end, ainsi qu’à ceux qui se sont égarés dans cette Mancha blogosphérique.
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