16 décembre 2007

Retour à Amboise, la revanche des Chinois

Depuis quatorze ans, ce qui est devenu ArcelorMittal offre à Vitória son concert de Noël. Debout à côté de nous, au milieu de dix mille Brésiliens, deux ingénieurs chinois de BaoSteel sont venus profiter du spectacle offert par la concurrence. Je les surprends plusieurs fois regarder leur montre, ce qui donne à Etel un prétexte pour leur adresser la parole. Et d’un coup, nous nous retrouvons plongés quelques années en arrière, une nuit à Amboise.

Nous sommes en goguette avec un groupe d’étudiants asiatiques. Le gros du groupe vient de Chine, et il y a aussi quelques Japonais, des Thaïlandais, des Indonésiens et même deux Coréens du Nord qui arborent, épinglés sur leur blouson, l’effigie de Kim Jong-il.

Nous avons sympathisé avec un grand Chinois qui, avec deux acolytes, tient à explorer Amboise by night. Comme c’est la fin de l’hiver, il s’agit de trouver le premier bar encore ouvert à dix heures. Nous interrogeons les rares passants, nous nous trompons une fois ou deux de ruelle, mais finissons par trouver un bistroquet dans lequel quelques folkeux poussent la chansonnette.

Du fond de la salle, nous portons des toasts à la gloire éternelle de Mao et à l’avenir radieux et néanmoins capitaliste de l’Empire du Milieu. Jusqu’au moment où Wang — appelons le comme ça — s’approche du petit orchestre et leur demande de l’accompagner. Ils le regardent, un tantinet interloqués, et puis lui demandent ce qu’il veut chanter. Le temps des cerises, répond Wang. Et Wang de chanter, avec moult gestes du bras, et les musiciens de dérouler leurs accords, et tout le monde dans le bar, oubliant sa bière ou son pinard, à les écouter religieusement célébrer cette noce rouge.

Deux ou trois heures plus avant dans la nuit, plus personne ne peut lui couper la parole. Wang nous le dit, nous le démontre par a + b et nous le redit : la Chine ne va pas tarder à reprendre dans le concert des nations la place qu’elle n’aurait jamais dû perdre, la première. La Chine prendra sa revanche, répétera-t-il plusieurs fois, en plantant son index dans la poitrine de ses interlocuteurs.

Ce discours, je l’ai entendu quelques fois dans la bouche d’autres Chinois, depuis cette nuit d’ivresse à Amboise. Hier soir, sur la plage de Camburi, Vitória, Espírito Santo, Brésil, je l’ai à nouveau entendu. Assorti d’une précision : « Il ne se passera pas dix ans avant que nous ne mettions à genoux les États-Unis. »
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