07 février 2008

Dans les banlieues d’Alzheimer

Tout à coup je me suis cru aujourd’hui. Les États-Unis étaient en crise. Un vieux brésilien, inventeur de son état, disait que, cette fois, ce serait le tour de notre pays. Non, nous n’étions pourtant pas aujourd’hui, nous étions dans le Rio de 1929. À condition de se projeter sur l’écran et de se mêler à la clientèle du botequim où Ismael Silva défiait Noel Rosa de composer un samba. Cela donnera l’indémodable Com Que Roupa?

Depuis que je vais au cinéma au Brésil, je n’avais encore jamais vu une salle pleine. C’est désormais chose faite. Non pas grâce à Noel Rosa, mais grâce à la mise en scène brillante du roman de Ian McEwan, Atonement, signée Joe Wright. Difficile d’imaginer un film plus anglais, tendance high society, aux antipodes des modes de vie brésiliens contemporains. Tout arrive donc. Il y a bien sûr une explication : les exploitants de cinémas capixabas nous ont offert une semaine à 6 reais la place (à peine plus que 2 euros) plein tarif, 3 reais pour les étudiants et assimilés.

Autre gros succès à Vitória : La vie des autres. Il est communément admis que nous sommes curieux de la vie des autres. Le film allemand offre de quoi comparer l’efficacité de la Stasi avec la police politique des généraux brésiliens, tendance germanistes modérément distingués type Geisel, des années 64 à 85.

L’été pourri a aussi aidé à remplir les salles. Et à nourrir les conversations à la sortie. Pendant qu’épouse et copains faisaient assaut d’éloges, j’essayais, de mon côté, de recoller les morceaux : la bataille de Dunkerque dont maman nous parlait au petit déjeuner quand ma soeur et moi étions gamins, les moments orgiaques de mes virées à Berlin Est dans les années 79 à 89, ma première nuit à Lapa en 1982. C’est que, dans les banlieues d’Alzheimer, il faut mettre à profit toutes les occasions pour tenter de mettre de l’ordre dans le fouillis des souvenirs trop longtemps laissés à l’abandon.
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