29 mai 2009

Conspiration

Je ne sais pourquoi, je m’étais fourré dans la tête que Tom Stoppard était citoyen des États-Unis. En vérité, Tom Stoppard est un sujet de la Reine d’Angleterre, né dans la défunte Tchécoslovaquie, qui a passé une partie significative de son enfance en Inde, alors qu’il aurait dû se trouver en Australie, où rêvaient de s’installer ses parents. Bref, Tom Stoppard est un homme de notre temps.

Je relève, dans une traduction en brésilien, par Paulo Migliacci, d’une entrevue publiée dans le Financial Times, ceci :

“Um dos motivos para que existam tantas versões de Tchekhov é que as traduções ficam datadas de uma maneira que não acontece com o original. As traduções parecem presas ao seu tempo.”

En voici une traduction en français :

« Une des raisons qui font qu’il y a tant de versions des pièces de Tchekhov, c’est que les traductions deviennent datées, ce qui n’est pas le cas du texte original. Les traductions paraissent prisonnières de leur temps. »

Que les traductions paraissent datées, n’a rien pour étonner. C’est un des problèmes étudiés par Umberto Eco dans Dire quasi la stessa cosa. Mais que le texte original n’ait aucunement souffert les outrages du temps me paraît assez curieux. Est-ce à dire que la langue russe, que le contexte russe sont restés figés depuis au moins un siècle ?

Mais, poursuivons :

“Tradução é quase uma contradição em termos. Quando ouço traduções de minhas peças, não preciso conhecer o outro idioma para ter certeza de que ele não é capaz de fazer o mesmo que o inglês — e não apenas por conta do óbvio, como jogos de palavras —, mas porque boa parte da escrita, em qualquer idioma, é uma espécie de conspiração entre som e sentido e não se pode obter o som necessário por meio de um sentido equivalente.”

“Além disso, quando você está escrevendo, mesmo que não pense a respeito, está fazendo uso de numerosas alusões à vida tal qual compreendida por seu público, uma espécie de contexto cultural.”

Cela donne, selon ma traduction :

« La traduction est presque une contradiction dans les termes. Quand j’écoute la traduction de mes pièces, je n’ai pas besoin de connaître l’autre langue pour être certain qu’elle ne peut produire le même effet que l’anglais — et pas seulement de manière évidente, comme avec les jeux de mots —, mais parce qu’une bonne partie de ce qui s’écrit, dans n’importe quelle langue, est une sorte de conspiration entre le son et le sens et que l’on ne peut pas obtenir le son nécessaire au moyen d’un sens équivalent. »

« De plus, quand vous écrivez, même si vous n’y pensez pas, vous faites de nombreuses allusions à la vie telle qu’elle est comprise par votre public, une espèce de contexte culturel. »

J’aime beaucoup cette idée d’une conspiration entre le son et le sens, une action secrète tramée dans le silence de l’inconscient. Et il est assez « symptomatique » que c’est en pensant la traduction que viennent à la conscience les indices d’une conspiration. Comme si la traduction jouait le rôle d’un transfert, projection par l’auteur de contenus de l’inconscient sur la personne du traducteur...

Source : Folha de São Paulo
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