19 juin 2009

Casse-tête chinois

Dans les livres d’Histoire qui seront publiés dans quelques années, la réunion, qui s’est tenue en début de semaine à Ekatérinenbourg, sera-t-elle présentée comme aussi importante que la Conférence de Yalta ? Sans doute, si comme le pensent certains, elle marque la fin de l’hégémonie militaro-financière des États-Unis.

Quel était l’ordre du jour de ce sommet, auquel l’accès a été refusé aux observateurs étasuniens ? En fait un vrai casse-tête chinois : en finir avec le dollar monnaie d’échange reine et ne pas se tirer en même temps une balle dans le pied.

La Chine, surtout elle, l’Inde, la Russie et le Brésil disposent ensemble d’une telle somme de dollars qu’il leur est difficile d’attaquer de front cette monnaie sans provoquer sa chute et, par conséquent, ruiner une grande part de leurs réserves. Cela fait sans doute la dernière chance des États-Unis, mais aussi de l’Europe et du Japon, de voir la redistribution des cartes se faire dans l’intérêt général et non à leur détriment.

Le plan élaboré mardi vise à diminuer les stocks de bons du Trésor américains intelligemment, ce que la Chine a commencé de faire : 763,5 milliards en avril contre 767,9 en mars. L’énigme reste entière quant à la façon dont Pékin compte accélérer ce mouvement...

Si l’objectif de la Chine et de la Russie s’avère assez clair — l’un et l’autre rêvent de prendre une revanche, pour des raisons par ailleurs bien différentes —, c’est moins évident pour l’Inde et le Brésil que l’on a l’habitude de présenter comme des alliés du G7, au prétexte qu’ils seraient comme eux des démocraties.

Laissons l’Inde de côté et examinons de plus près la position du Brésil. Nous nous souvenons des grandes claques dans le dos assénées par Lula à l’ami Bush, des grandes déclarations d’amour envers le grand frère étasunien et du rôle apaisant que s’est donné Itamaraty lors de la dernière grande poussée de fièvre qui avait saisi Chávez, Correa et Uribe. Mais nous ne devons pas oublier les accusations répétées proférées contre les pays du Nord — les blonds aux yeux bleus —, les envolées lyriques sur un Brésil enfin proche de rejoindre le premier monde, la défense de Chávez et d’Ahmadinejad même lorsqu’ils sont indéfendables, ou les appels à remplacer le dollar par les monnaies nationales dans les échanges bilatéraux, signes multiformes d’une volonté de revanche d’un autre type encore.

À qui profite ce double langage qui a l’avantage de préserver une amitié de façade avec la quasi totalité des nations et de leurs dirigeants ? La réponse ne me semble pas évidente.
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