07 août 2011

L’ultimatum chinois

La situation est grave, nous dit-on. On pourrait leur répondre que ça n’est pas nouveau. Et d’ailleurs, cela fait des années que des esprits clairvoyants nous annoncent une crise majeure résultant de l’enchaînement des conséquences de l’élection de Ronald Reagan puis de celle de Margareth Thatcher et de leur volonté simultanée de faire courber l’échine des classes moyennes au seul profit des plus riches.

Je ne manque pas de me souvenir de ce citoyen — si je puis dire — des États-Unis qui, au lendemain de l’élection de Reagan, n’avait pu me cacher sa joie. « Je suis déjà riche, m’avait-il alors dit, mais cette fois je vais l’être cent fois plus. » On n’aurait su mieux dire. L’Histoire lui a donné mille fois raison.

Ce qu’il n’avait cependant sans doute pas prévu est la montée en puissance de la Chine, une croissance aussi rapide que soutenue. Et c’est bien à un tournant que nous assistons maintenant. J’ai souri en lisant cet éditorial de la presse officielle chinoise — y en a-t-il une autre ? – mettant en demeure les États-Unis de réagir face au creusement continu d’une dette devenue abyssale. Pure hypocrisie, car s’il est des dirigeants au fait depuis très longtemps de la situation dramatique de leur principal débiteur, ce sont bien les dirigeants du Parti communiste chinois. En mettant la pression sur Obama, en exigeant, pour reprendre le terme qu’ils ont employé, qu’il agisse au plus vite, les leaders chinois lui posent en fait un ultimatum. Ou bien Obama décide un retrait rapide des champs de bataille où l’armée étasunienne est présente (principalement l’Irak et l’Afghanistan), ou bien la Chine vendra tous ses avoirs en dollars, quitte à les brader, afin de déstabiliser définitivement les États-Unis. Après tout, ce peut être le prix à payer pour assurer le leadership mondial en lieu et place des Américains.

On peut déjà imaginer la Chine continuer de produire en masse et vendre sur son propre marché et sur les marchés périphériques (au sens très large) tous les produits que leurs ateliers fabriquent aujourd’hui pour le compte des entreprises nord-américaines. N’y a-t-il pas déjà de faux magasins Apple, certes fermés depuis quelques jours ? Il suffira de les rouvrir et même d’en exporter le concept jusqu’en Amérique du Sud. Sans nul doute, le Brésil les accueillera-t-il les bras ouverts !

Mais ceci n’est qu’un détail ! À quoi vont ressembler les jours, les semaines, les mois qui viennent ? Nul ne le sait. On peut craindre bien des tourmentes, on peut, si l’on est résolument optimiste, espérer qu’il sorte de la tragédie annoncée une nouvelle géopolitique où les États reprendraient le dessus sur les banques et les institutions financières qui dominent aujourd’hui le monde.

Aux États-Unis et en Europe, il faudrait, pour cela, que les peuples se réveillent et réinventent un nouveau modèle de démocratie, comme le revendiquent los indignados en Espagne et leurs cousins en Grèce et ailleurs. Il faudrait que la grève des employés de Verizon aux USA fasse tache d’huile. Cela sera-t-il possible ou bien les peuples se tourneront-ils vers les extrêmes comme ils ont commencé à le faire dans nombre de pays européens depuis quelques années, mus par l’islamophobie ?

Quant au Brésil, sa situation économique devient préoccupante — avec une baisse du poids de son secteur industriel dans son PIB et un retour vers la primauté donnée aux matières premières — et la crise politique qu’il traverse rappelle que l’option militaire n’est plus tout à fait à écarter. Et je ne vois guère ici la population consciente du tourbillon dans lequel le monde est entré.
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