18 octobre 2011

François Hollande, grand Uilikandé

« Quand aux environs de 1560, Montaigne rencontra à Rouen trois Indiens brésiliens ramenés par un navigateur, il demanda à l’un d’eux quels étaient les privilèges du chef (il avait dit « le roi ») dans son pays ; et l’indigène, chef lui-même, répondit que c’était marcher le premier à la guerre. Montaigne relata l’histoire dans un célèbre chapitre des Essais en s’émerveillant de cette fière définition. Mais ce fut pour moi un plus grand motif d’étonnement et d’admiration que de recevoir quatre siècles plus tard exactement la même réponse. Les pays civilisés ne témoignent pas d’une égale constance dans leur philosophie politique ! Si frappante qu’elle soit, la formule est moins significative encore que le nom qui sert à désigner le chef dans la langue nambikwara. Uilikandé semble vouloir dire « celui qui unit » ou « celui qui lie ensemble ». »

Grâce à ces quelques phrases extraites des Tristes tropiques de Claude Lévi-Strauss, nous savons maintenant à quelle tradition de la philosophie politique il convient de rattacher Monsieur François Hollande, chef de la tribu socialiste et grand rassembleur qui, depuis dimanche soir, marche le premier à la guerre déclarée contre le roitelet Sarkozy.

Même si, à titre personnel, je ne me fais guère d’illusions quant à la conduite des affaires après une victoire du PS en mai 2012, je souhaite malgré tout à Monsieur Hollande de marcher d’un pas décidé dans sa conquête du pouvoir présidentiel. Cela aura au moins pour bénéfice de nous débarrasser de Sarkozy qu’il est inutile de qualifier outre-mesure.
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