11 décembre 2011

Tours et détours : le parc technologique de Jundiaí

On prend le train à la Estação da Luz et on arrive, une heure et demie plus tard, dans le centre de Jundiaí. C’est une petite ville de 370.000 habitants, plutôt cossue si l’on en croit les façades des maisons et les tours, mais sans grande originalité. Le théâtre Polytheama est réputé être l’une des rares pièces maîtresses du patrimoine local, mais, malgré une intervention de Lina Bo Bardi, on ne peut pas dire qu’il soit franchement remarquable, sauf à forcer un peu l’admiration. Mais le prétexte de notre virée n’est pas le centre « historique », mais ce qui doit devenir le parc technologique, dont un embryon fonctionne déjà, dans un quartier au nom étrangement prémonitoire de Engordadouro, un quartier appelé à grossir et à devenir l’eldorado high-tech de l’État de São Paulo. 

C’est là que seront bientôt produits les iPad et iPhone de Apple, le fabricant exclusif taïwanais, Foxconn, y construisant ses nouveaux ateliers, les seuls en dehors de la Chine. Je ne peux pas m’empêcher de repenser à nos recherches d’il y a 10 ou 12 ans quand on a commencé à imaginer ce que seraient les tablettes ou les smartphones. Nous explorions alors la convergence fixe, mobile et Internet et testions d’étranges lunettes connectées en Bluetooth et wi-fi, qui à ce jour ne sont pas sorties des labos. Jamais nous n’aurions imaginé alors que le Brésil abriterait l’un des rares centres de production de la marque californienne. Et, d’ailleurs, les lignes de production n’étaient pas notre affaire, tout occupés que nous étions à vivre dans un futur virtuel. J’étais loin d’imaginer aussi, à l’époque, que je ne tarderais pas à laisser tomber cet univers de conte de fée et à changer de continent... 

Pourquoi Jundiaí ? La recette du succès se compose souvent de peu de choses, mais un peu de choses où la volonté politique sert de principal ingrédient. Cela se traduit alors par des aménagements fiscaux et l’installation de pôles universitaires susceptibles de fournir la main d’oeuvre qualifiée indispensable. Ce n’est d’ailleurs pas encore tout à fait le cas et les entreprises déjà présentes ont le plus grand mal à embaucher. Qu’à cela ne tienne, les ingénieurs pourront venir de São Paulo ou de n’importe quelle région du Brésil, et très certainement de l’étranger, en fonction des besoins. 

Outre Foxconn, déjà présente, l’on trouve Itautec (ordinateurs et guichets électroniques), AOC (moniteurs), Bermatech (logiciels) et d’autres, moins connus du grand public, soit déjà opérationnels, soit en phase de construction ou de projet. Les premières tablettes et smartphones devraient sortir des chaînes de montage dans quelques semaines. Cela me paraît un brin optimiste. Mais n’est-il pas vrai qu’il est très optimiste de croire que les stades seront prêts pour la Copa 2014 ? Qu’importe ! Après tout, les Brésiliens sont généralement gens optimistes et cela explique pour une large part leur joie de vivre.
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