15 janvier 2012

Marabout, bout de ficelle, selle de cheval

Pour s'installer à Rio de Janeiro, Marc Fischer choisit la colocation dans un grand appartement du Ipanema Penthouse. Lui compris, ils sont six, dont un couple franco-norvégien. Si le Français, Sasha, est là vivant, c'est parce qu'un incident bancaire l'a empêché d'embarquer dans l'Airbus du vol AF 447 qui s'est abîmé dans l'Atlantique. C'est aussi le contexte bancaire qui jouera un rôle dans le destin de Tim, colocataire étasunien. Marc n'est à Rio que depuis quelques jours quand Tim se jette par une fenêtre du onzième étage de la banque où il travaille. Est-ce que, ce jour-là, Marc trouve le moyen qui lui permettra de mettre fin à ses jours ?

Si je me pose la question, c'est parce que je souffre d'hallucinations depuis quelques jours, un symptôme que je ne connais que trop bien, pour l'avoir enduré il y a trois ans. J'entends des mots qui ne sont pas ceux qui ont été prononcés dans mon voisinage, je lis des mots qui ne sont pas ceux imprimés dans les livres et les journaux que je consulte. C'est une sensation assez désagréable. Je sais comment mettre fin à ce malaise, mais la prise du médicament ruine mon sang en détruisant ses plaquettes. Que faire ?

Harry Engler, l'ex-dirigeant tupamaro uruguayen, a vécu un symptôme similaire, dans la cellule où il est resté isolé onze ans. Harry entendait des voix, voyait une serviette se transformer en tapis volant rempli de signes. Pour survivre, Harry a mis au point un exercice : fixer un point sur un mur. Les hallucinations ont alors commencé à passer par ce point. Puis, intuitivement, Harry a fait de ce point le centre d'un cercle dans lequel ses pensées et ses visions seraient circonscrits. Harry a fini par les dompter.

J'en suis là, à la recherche de ma propre technique, pour dompter à mon tour les démons qui m'empêchent de penser clairement. Après sa libération, Harry Engler est devenu chercheur, celui qui a associé pour la première fois maladie d'Alzheimer et protéine précurseur de l'amyloïde. Cet enchaînement d'informations congruentes – celles que, justement, je remarque –, reçues en quelques jours, m'angoisse. Je me demande dans quelle mesure Harry ne serait pas pour moi, dans un autre registre, un signe annonciateur et aussi funeste que le suicide de Tim l'a été pour Marc.

Je me régalais d'un bol d'açaï, cette semaine, quand j'ai aperçu à la caisse Kim Jong-eun. Troublée, elle aussi, mon épouse m'a demandé quelle était, selon moi, la nationalité du jeune Asiatique qui réglait sa note, pressentant qu'il n'était pas un de ces Brésiliens d'origine japonaise auxquels nous sommes habitués. Je l'ai dévisagé et me suis rappelé que Kim avait utilisé un faux passeport brésilien pour visiter, enfant ou adolescent, le Disneyland installé au Japon. Kim utilisait-il le même subterfuge pour maintenant déguster un açaï ? Je n'ai retrouvé mes esprits que lorsque, après le départ de Kim, nous avons demandé à la patronne qu'elle était la nationalité de l'étrange client. C'était bel et bien un Coréen, le fils du patron du Yahoo, un mauvais restaurant japonais du quartier.

Yahoo a frappé les esprits capixabas au point que au moins deux d'entre eux ont volé cette marque pour baptiser leur entreprise. Existe en effet sur la route, qui va de Vitória à la plage de Manguinhos, un parc d'attractions homonyme. Parmi les étranges pensées qui parasitent mon esprit, circule une intuition : Yahoo, la Corée et l'açaï auraient-ils à voir avec le mal dont je souffre ? J'en suis là, Doutor, à ce jour, à ce jouir.

N'avais-je pas promis de tout dire ?

Le lecteur curieux d'en apprendre plus sur Marc Fischer cliquera ici.

Photo : PixeLuz / Francis Juif
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