18 avril 2012

Vingt ans après

Achim Steiner est allemand, mais il est né dans le Rio Grande do Sul. Le Brésil ne lui est donc pas totalement étranger. Mieux même, le Brésil ne lui est pas totalement indifférent. Achim Steiner est le patron du Programme des Nations Unies pour l'Environnement. Il a en charge, pour les Nations Unies, le dossier Rio+20, la conférence qui 20 ans après Rio 1992 était censée avoir pour ambition de relancer les efforts conjoints en vue de négocier au mieux le virage des changements climatiques en cours. Achim Steiner s'inquiète : « les préparatifs de la conférence ne sont pas là où ils devraient être ». Décidément, avec ses retards, le Brésil a le don d'agacer les organismes internationaux, FIFA comme ONU. Mais, s'agissant de l'environnement qui, au contraire du football, n'intéresse guère les Brésiliens, c'est peut-être encore pire.

En tout cas, le rêve d'Achim Steiner de voir le Brésil peser « de tout son poids » afin de convaincre les États-Unis d'appuyer l'initiative des Européens pour la création d'une agence responsable de l'environnement, sur le modèle de l'OMS, ne se réalisera pas. Au moment où Dame Dilma vient de trancher en faveur du lobby agro-industriel et de signer la loi d'amnistie votée par le parlement qui exonère les coupeurs de bois, le contraire aurait été surprenant. En partisane du développement à tout prix, Dilma n'a sûrement aucune envie de voir une agence supra-nationale lui chercher des poux dans les années qui viennent, au prétexte que la déforestation redouble.

Mais c'est un peu facile de dégoiser contre le Brésil, alors que très rares sont les pays qui s'engagent vraiment sur la voie du respect de l'environnement et/ou qui prennent des mesures conséquentes pour limiter les émissions de gaz à effet de serre, économiser l'énergie et les matières premières fossiles. Il faut bien le dire, à quelques rares exceptions près, tout le monde s'en fiche. C'est si vrai que les hurluberlus – les écolos, pour ne pas les nommer – qui font de ces axes d'action le combat de leur vie sont pris au mieux pour de doux rêveurs, au pire pour les membres d'une redoutable secte de casse-couilles. La conclusion s'impose : pour l'immense majorité des humains, la disparition de leur propre espèce représente certainement une aspiration, inconsciente ou non. Que dire de celle des petits oiseaux et des jolies fleurs !

Les lecteurs intéressés par l'envers du décor pourront lire le témoignage de notre ami favelado sur Eco92. Rien n'aura changé pour Rio+20. La fenêtre s'ouvrira en cliquant sur ce lien.

Une forêt avant 1950, des dunes aujourd'hui : Itaúnas / Photo : (c) Francis Juif / PixeLuz
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