15 mai 2012

Son nom

Il y a belle lurette que je ne lis plus la chronique dominicale de Ferreira Gullar dans la Folha de São Paulo. Vieux réac aigri, il appartient à la catégorie des communistes repentis : les pires entre les intellectuels ! Et, surtout, sa chronique est devenue le vomitoire de ses ruminations indigestes, le défouloir de rancœurs à n'en plus finir. Mais il y a eu un autre Ferreira Gullar, celui du « Poema Sujo », à qui je dois, suite à un nombre incalculable de ricochets du destin, de vivre ici.

Un de mes textes de jeunesse ayant été publié dans une revue française (Prisme) à côté de la traduction du Poema Sujo, j'avais été amené à rencontrer le traducteur (Gilbert Chaudanne) à Teresina, lointaine capitale du Piauí, lors de mon premier voyage au Brésil. Et de fil en aiguille, un fil tissé au long des années, la tarentule avait fini par atterrir à Vitória, pour le meilleur et pour le pire.

Ce dernier dimanche, j'ai lu Ferreira Gullar. Et si j'ai fait exception, c'est qu'il y ait question de son nom. Donc de mon nom. Cette fois, le grantécrivain y rumine d'abord son vrai nom, que personne ne respecte. Ainsi les talons de ses chèques portent le nom de José Ribamar Ferreira au lieu de José de Ribamar Ferreira... Il y rumine ses noms de militant entré dans la clandestinité. Il y rumine ses noms d'auteur, à commencer celui par lequel nous le connaissons, le Gullar étant une déformation du par trop commun Goulart, hérité de sa mère.

Je suis resté sur ma faim. Mais j'ai aimé ce qui suit :
L'autre jour […], des jeunes s'approchent de moi.
– C'est Goulart de Andrade !
– Pas du tout. C'est Paulo Goulart !
C'est pour ça que quand quelqu'un me demande si je suis le poète Ferreira Gullar, je réponds : « Parfois ».
Sacrée vieille canaille ! Si je te croise sur l'avenue Atlântica, je reconnaîtrai sans aucun doute ta gueule, puisque tu es de ceux, assez rares, qui ont une gueule. Je ne te demanderai pas si tu es le poète, je t'inviterai direct à boire un verre, une cachaça si tu peux encore, et je te raconterai mon nom. Tu verras, tu arrêteras de te plaindre de ton nom !

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