27 février 2014

Il ne s'agit pas de se rouler une pelle

Depuis un certain temps, en fait un incertain temps, il semble devenu de bon ton de se faire prendre en photo en train de sceller un selinho, un bisou superficiel où l'on se contente d'effleurer les lèvres l'un de l'autre, une mode plus marquée encore lorsque les deux protagonistes sont du même sexe. Depuis quelques mois, voire plus, depuis que cette mode a pris, relancée par une comédienne d'âge respectable, Hebe Camargo, même le quotidien Folha de São Paulo, qui se prétend au service du Brésil, ne cesse de nous offrir des selinhos à gogo.

Se coller les lèvres, sans ouvrir la bouche, sans rouler une pelle, serait devenu un acte politique face aux attaques des députés évangéliques, Marco Feliciano en tête, contre l'homosexualité. Ce qui explique sans doute pourquoi notre journal au service du Brésil nous livre chaque jour son selinho... Dans les journaux britanniques, les plus vendus en tout cas, la deuxième page était – est encore ? – consacrée à une photo de nu, féminin, exclusivement féminin. Acte politique, qui ne disait pas son nom, qui voulait marquer la supériorité du genre masculin sur le genre féminin ?

On se perd en conjectures – non, ce n'est pas un gros mot ! En revanche, l'origine de selinho est tout à fait claire : diminutif de selo, qui signifie sceau, mais aussi timbre postal. Pouvoir de la métaphore.

D'ailleurs, d'Ouganda par exemple, on se rend compte à consulter les journaux, en ligne en première ligne, que les affaires sexuelles occupent beaucoup ces temps-ci au point de devenir publiques et donc politiques. Que l'interdiction de l'homosexualité ou de la fellation par tel ou tel président, démocratiquement élu ou pas, pourrait presque se transformer en casus belli. Ne peut-on pas laisser les Ougandais décider eux-mêmes ? Faut-il rappeler qu'il n'y a pas si longtemps des cantons suisses refusaient le droit de vote aux femmes. Quel rapport ? C'est à chaque peuple de faire évoluer sa mentalité et ses pratiques, au rythme où il le souhaitera, mon bon monsieur, ma bonne dame. Le contraire ne peut être que contre-productif, nous dit Trissa Traoré, vice-président de la Fédération internationale des droits de l'homme

Mais revenons un instant aux baisers, soit dit en passant moins universels qu'il n'y paraît, si le selinho peut se traduire sans grand dommage en français par bisou, il semble qu'il n'y ait pas en portugais, du moins au Brésil, d'expression équivalente à rouler une pelle. Nous nous contentons du quasi anatomique beijo de lingua ou linguão.

Cette semaine, une affaire a secoué les réseaux sociaux brésiliens, sur Face comme on dit ici. Un numéro de France Football titrant Peur sur le Mondial a servi de caution douteuse aux activistes brésiliens de droite pour tenter de faire porter la responsabilité de tous les problèmes du Brésil à Lula, Dilma et plus généralement au PT. À partir des articles de la vénérable revue française, les auteurs de ce fake ont établi une liste de griefs, certains réels, d'autres de grossières exagérations et des inventions. Le plus drôle, c'est que certains lecteurs brésiliens lisant cela s'en prennent aux Français dans leurs commentaires, rappelant en premier lieu qu'ils puent, qu'ils jouent au football comme des pieds nickelés ou encore qu'ils ne sortiront pas vivants de la crise que connaît l'Europe. Encore heureux qu'ils ne savent pas que les Français qui se roulent des pelles, c'est une horreur !
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