15 juillet 2014

Les BRICS ont leur banque, Dilma saura-t-elle regagner du crédit ?

Quatre hommes et une femme. Un Européen, un Africain, une Latino non indienne, un Indien, un Chinois. Ce sont les représentants actuels des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) réunis actuellement au Brésil et qui viennent de décider la création d'une banque développement ayant pour objectif non seulement d'être au service des pays fondateurs, mais aussi d'autres pays émergents. Pas aujourd'hui véritablement une alternative au FMI ou à la Banque mondiale, mais qui annonce peut-être d'autres structures dans le futur, ayant des ambitions plus larges.

Le siège sera à Shanghai, la présidence sera tournante. Pour commencer, l'Inde prend en main les rênes, le Brésil la suivra dans cinq ans. À terme, il se pourrait aussi que ces pays décident de se passer du dollar et de l'euro pour une part de leurs relations commerciales internes au groupe. Ironie de l'histoire, l'acronyme BRIC (qui a précédé BRICS) a été créé en 2001 par Jim O'Neill, économiste de la banque d'investissement Goldman Sachs. C'était à un moment où Wall Street et la City faisaient assaut d'amabilités à l'égard des pays émergents, ne cessaient de louer leurs dirigeants dans la presse à leur service (Financial Times, The Economist, Wall Street Journal), reprochaient aux dirigeants des pays riches de ne pas suivre leur exemple. Aujourd'hui l'amour n'est plus à l'ordre du jour et le désamour est même consommé. Ces changements d'humeur peuvent ne pas paraître toujours très clairs, mais nous pouvons être certains qu'ils sont directement liés aux intérêts de l'oligarchie qui gouverne dans une large mesure notre petite planète.

Une des conséquences de ce retournement se traduit actuellement au Brésil par la campagne de presse orchestrée contre Dilma, avec pour objectif d'empêcher sa réélection en octobre prochain. Alors que pendant huit ans, Lula a bénéficié d'un pacte de non agression de la part d'une partie de la bourgeoisie et en particulier des entrepreneurs, Dilma ne connaît qu'un désaveu croissant à mesure qu'approche l'élection. Et ce d'autant plus significativement qu'elle ne fait que poursuivre les grands axes de la politique de son prédécesseur. Pour abattre la présidente, tout est bon, les fausses informations, l'intox permanente, la confusion des idées émises par l'opposition afin de noyer son véritable projet, l'appel à la peur... La Coupe du monde a été l'objet de tous les fantasmes, ces dernières semaines. L'opposition (surtout de droite) annonçait une catastrophe qui aurait été à mettre sur le compte du gouvernement. Maintenant qu'elle ne peut nier que tout s'est bien passé, et même au-delà des espérances, ce n'est en rien à mettre au crédit du gouvernement mais uniquement à celui du secteur privé !

À force, les messages produits par les grandes chaînes de télévision et les journaux, tous sous le contrôle de grands groupes ou d'églises évangéliques, finissent par passer et faire douter une partie de ceux qui ont voté pour la candidate du PT il y a 4 ans. Au point qu'il est impossible aujourd'hui de faire un pronostic. Il y a quelques années, cette même presse avait réussi à retourner l'opinion publique en quelques jours, avant un référendum sur la vente libre des armes à feu : la vente libre avait été maintenue, contre toute attente. C'est une leçon qu'a retenu la droite et son candidat Aécio Neves. L'enjeu est certes différent, mais la bascule pourrait tout aussi bien fonctionner ces prochaines semaines.
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...