26 mars 2006

Carlos

Quand il s’approche, il en impose. Plus que sa grande taille, ce doit être le maintien. Il est arrivé, la guitare dans son étui accroché dans le dos. J’ai tout de suite remarqué ses mains, des mains de paysan dur au labeur, pas des mains d’artiste, fût-il guitariste. Puis l’oeil noir, et un regard qui est à l’opposé de que l’on sous-entend par un regard noir. Comment désigne-t-on le contraire d’un regard noir ? Mais laissons-le parler.

« Je ne suis pas allé longtemps à l’école, juste le temps d’apprendre à lire et à écrire. Mais Dieu a voulu que je lise. C’est comme ça que j’ai appris ce que je sais du monde, des États-Unis, de l’Allemagne, de l’Italie, de la France. De Vitória et de ses habitants, j’ai tout appris en vivant, en travaillant. Mon métier, un vieux me l’a enseigné. C’est comme ça que je suis devenu artisan, que depuis soixante ans je peins des enseignes. Je les peins et les découpe. Je les installe. J’ai 71 ans, mais pourquoi faudrait-il que j’arrête ? Tant que Dieu voudra, je travaillerai. Le travail, c’est pas toute ma vie. Je prends le temps d’étudier. La spiritualité. Et puis j’aide les autres, ceux qui n’ont pas eu de chance. Deux ou trois fois par semaine, je monte au morro. Il y a une vieille, elle a un trou dans la jambe, on y mettrait son poing. Elle se soigne avec des feuilles et du marc de café. Par ignorance. Le travail, la vie spirituelle, l’aide apportée aux autres. C’est ma vie. Quand je monte au morro, j’emmène ma guitare. La vieille, je lui chante une chanson. Et je lui parle de Jésus. Si j’ai peur ? Pourquoi aurais-je peur ? Si quelqu’un veut me voler, je lui tends mon portefeuille et je lui souhaite d’aller avec Dieu. Les gens ne sont violents que par ignorance. Mais ils ont leurs propres règles. En visitant quelqu’un en prison, j’ai remarqué que les prisonniers tournaient le dos chaque fois qu’une femme vient visiter son mari, son homme. Ils tournent le dos pour marquer leur respect. Qu’est-ce qu’ils ont les jeunes Français à manifester ? Moi, j’ai jamais manifesté de ma vie. Ils sont pourtant éduqués les Français. De quoi ont-ils peur ? »

Carlos a sorti sa guitare, a commencé par une chanson de Vinicius. Une chanson qui parle de tristesse et d’espérance, de l’espérance de mettre fin à la tristesse. J’ai repris le refrain avec lui.
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