22 mars 2006

Champions déchus

En l’espace d’un an, le groupe Carrefour aurait fermé, selon la Folha de São Paulo, 62 de ses 97 supermarchés Champion du Brésil, conformément à un plan stratégique mondial, forcément mondial, élaboré à Paris. Sans doute le manque de rentabilité en est-il la cause. Mais a-t-on analysé, magasin par magasin, les raisons de cet échec ?
Je ne sais si l’exemple du Champion de mon quartier, Jardim Camburi, vaut pour tous les cas de fermeture. Mais l’opinion émise par les consommateurs, mes voisins, me semble digne d’intérêt.

Bien que jouissant d’un avantage puissant, celui de la proximité, notre Champion n’a jamais réussi à les attirer autrement que pour des courses d’appoint. Autrement dit, pas plus qu’une « vulgaire » épicerie de quartier. Les raisons, selon eux ? Le manque de service : là où les concurrents empaquètent et charrient les commissions jusqu’au coffre de la voiture, Champion ne faisait qu’empaqueter dans un cas sur dix. Les prix : rarement compétitifs. La sécurité : pas de contrôle à l’entrée et à la sortie du parking. La nationalité : Champion n’a jamais réussi à faire oublier qu’il n’était pas brésilien : dans un pays aussi nationaliste que le Brésil, c’est plus qu’une faute, c’est une tare.

Le coup de grâce a été donné lorsqu’une entreprise locale, Carone, a ouvert son troisième supermarché à Jardim Camburi. Carone, c’est un service parfait, des prix compétitifs, le sentiment d’être en sécurité. Chaque fois que j’y vais, je me plais à y lire la plaque fixée à l’entrée rappelant que chacun des magasins de ce qui devient petit à petit un réseau est le fruit du dur labeur d’un immigrant libanais, Nagib Resk Carone. Un signe qui ne peut qu’encourager à donner du crédit au cliché selon lequel les Libanais ont la fibre commerciale. Et nous faire accroire que les Français ne sont pas doués pour le commerce...
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