29 avril 2006

À la recherche du pain étalon

Nous le savons, la France a beaucoup fait pour promouvoir, avec un certain succès, un système de mesures à portée universelle. Nous lui devons, entre autres, le mètre, le litre, le kilogramme, pour lesquels elle a déposé dans un pavillon de Sèvres des étalons. Un échantillon manque, hélas, à l’appel : le petit pain.

L’organisme de métrologie national brésilien (INMETRO) s’en émeut. Et vient d’ouvrir, sur son portail Internet, le débat qui suit : faute d’un poids et d’un volume parfaitement reconnus, le pão francês devra-t-il être vendu au kilogramme au lieu de la pièce ? L’enquête d’intérêt public prendra fin le 20 mai.

Selon une étude réalisée par l’Institut des Poids et Mesures de São Paulo (IPEM-SP), qui me paraît être dans le labyrinthe administratif brésilien une réplique estadual de INMETRO, autant dire un État dans l’État compte tenu de la taille de celui de São Paulo, bref selon l’IPEM-SP le pão francês est le produit du panier de la ménagère qui, je cite, présente le plus d’irrégularités et induit le plus souvent en erreur le consommateur quant à la quantité offerte.

Cette fluctuation du pão francês ne saurait être due à une volonté de tromper le quidam, et serait plutôt l’effet de l’ignorance. Car, en l’absence de définition par les autorités françaises — qui auraient eu vocation légitime à la fixer compte tenu de la matière considérée —, une norme a été fixée par un inventif fonctionnaire brésilien, injustement méconnu : le pão francês doit peser 50 grammes.

Un relevé récent organisé par l’IPEM-SP a constaté des variations de poids pouvant atteindre jusqu’à 21,24% — excusez du peu, ou du très peu, puisque les enquêteurs dûment diligentés n’ont pas rencontré un seul pão francês dont le poids aurait excédé la norme.

Dans ma bonne ville de Vitória, l’organisme estadual de défense des consommateurs (PROCON-ES), a montré à travers une autre enquête que, indépendamment des variations de poids, le prix moyen du pão francês était de 27 centavos (10 centimes d’euro). A Vila Velha, qui sur le continent fait face à Vitória, ce même prix moyen est de 24 centavos.

Pour ma part, et puisque l’ami Patrice me demande dans un mail des nouvelles plus personnelles, j’ajouterai que mon pão francês préféré est celui de la boulangerie Monte Libano, dont j’ignore tout du poids exact mais qui vaut 29 centavos l’unité. Cher, donc, mais excellent.

Mais, au fait, c’est quoi le pão francês ? Un petit pain, de 50 g vous l’avez capté, fait à la manière de la baguette parisienne, croustillant en surface, plein de mie à l’intérieur dont ma femme s’amuse à faire des boulettes par peur de grossir. Finalement, à y repenser, je me demande justement si 50 grammes, ce ne serait pas exagéré. Je propose qu’au titre de la coopération franco-brésilienne, s'empare de la question une commission, présidée par Claude Troigros, installé à Rio depuis 25 ans et qui réunit toutes les compétences pour statuer.
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