25 avril 2006

Le retour de l’industrie

Depuis une douzaine d’années, c’est à dire depuis l’avènement de l’auto-proclamée nouvelle économie, la vieille économie, entendez l’industrie pour l’essentiel, était morte, du moins dans les pays dits les plus développés. L’industrie serait l’affaire des Chinois, point. La classe ouvrière européenne a apprécié...

Mais que se passe-t-il aujourd’hui ? La nouvelle économie est certes ancrée dans les pratiques quotidiennes, l’auteur de ce blog ne saurait dire le contraire. Elle continue de croître à un rythme enviable. Mais elle a commencé à perdre de son pouvoir de fascination. La meilleure preuve en est la tentative de relance dont l’appellation web 2.0 est le symptôme. Lorsqu’un produit s’essouffle, l’une des stratégies marketing habituelles est de lui trouver un nouveau nom ou de l’affubler d’un nouveau concept.

Qu’observe-t-on encore ? Le souci de remplacer le pétrole par d’autres sources d’énergie grandit chaque jour. On ne peut désormais plus ouvrir un journal sans qu’il en soit question. Cela ne vous rappelle rien ? Les débuts de l’Internet grand public, bien sûr. Cet intérêt soudain, on ne le doit pas aux inquiétudes que suscite l’effet de serre, car nul ou presque ne le prend suffisamment au sérieux pour changer ses habitudes de consommation. On le doit plus prosaïquement à la conjonction de deux phénomènes : l’augmentation du prix du pétrole et l’envie de se débarrasser des fournisseurs du monde dit musulman.

L’élan décisif en direction des énergies de substitution coïncide avec une maturité aujourd’hui suffisante des technologies adéquates. Cependant presque tout est à construire, des unités de production à l’aménagement des réseaux de distribution, de l’adaptation des moteurs au remplacement des parcs actuels. Vingt ans de croissance folle sont à attendre de ce côté-là.

La nouvelle bulle sera industrielle. Par exemple, Velcan Energy qui développe, finance et exploite des centrales électriques à base de biomasse. A son introduction sur le marché libre le 7 octobre 2005, le titre valait 8,5 euros ; le 12 décembre 2005, le titre cotait 15 euros ; hier à 15h, 27,52 euros, après avoir annoncé la signature d’un contrat pour la production potentielle de 239 MW au Brésil.

Le retour de l’industrie est là. Et avec lui, le retour de l’agriculture. Beaucoup de pays prennent conscience qu’ils ont tout à portée de main pour se libérer du joug pétrolier. La bonne nouvelle pour leur classe ouvrière est qu’il n’y a pas de sens à délocaliser. Les pays qui combinent larges surfaces agricoles et maîtrise technologique, seront les grands gagnants de demain, au premier rang desquels il faut mettre les États-Unis.

Hier soir, sur une chaîne de TV américaine un débat portait sur le sujet. L’un des intervenants, tout pétri d’arrogance, ne cessait de répéter en agitant les bras « Vous vous rendez compte, au Brésil ils savent le faire. Au Brésil ! », essayant désespérément de convaincre les sur-hommes nord-américains que si un pays aussi arriéré que le Brésil, peuplé de sous-hommes, avait su le faire, il n’y avait plus à attendre.

En Europe, trois pays pourraient être les grands gagnants : la France, l’Ukraine et la Russie. Ces trois pays ont hélas en partage les dirigeants politiques les moins avisés du continent, le président du Bélarus mis à part. Sauront-ils se réveiller à temps ?
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