19 juillet 2006

Le bal des sangsues

À défaut de les combattre avec la fermeté qui conviendrait, les Brésiliens ont de jolies trouvailles quand il s’agit de baptiser les systèmes de corruption qui apparaissent au grand jour. Ainsi, depuis quelques semaines, les sanguessugas — les sangsues — ont pris le relais des mensaleiros sur le devant de la scène politique. En l’espèce, le système est classique, c’est celui des surfacturations, bien connu en France aussi. Quant aux sangsues, elles désignent les responsables politiques et leurs complices qui ont détourné à leur profit une partie de l’argent public destiné à l’achat d’ambulances.

Ces derniers jours, le débat s’était concentré sur l’épineuse question de la divulgation de la liste des personnes impliquées. Non jugées, donc présumées innocentes, fallait-il mettre en péril leur réputation à quelques semaines des élections générales ? Ou bien, risquait-on plus gros encore en ne permettant pas aux électeurs de, à tout le moins, se poser les bonnes questions ? Finalement, la commission d’enquête parlementaire a tranché et a livré hier une première liste. Contrairement au mensalão, aucun élu du PT n’apparaît pour l’instant.

Il en faudrait plus pour désarçonner l’opposition, largement représentée dans ladite liste. Pour le maire de Rio, Cesar Maia, une opération d’une telle ampleur n’a pu être mise en oeuvre qu’avec la complicité du pouvoir exécutif. Or, le PT tient les rênes du pouvoir exécutif...

Pendant les travaux de la commission d’enquête, la campagne continue et les sondages tombent sur les desks des rédactions avec la régularité des bilans des attaques meurtrières du PCC. Selon Datafolha, la progression de Heloísa Helena (PSOL), désormais à 10%, constitue la principale évolution. Celle qui, vue de France, est comparée à Arlette Laguillier, apparaît de plus en plus sur les écrans de télévision. À défaut de lutter pour des programmes politiques similaires, elles ont en commun un certain goût pour le people. Mais Heloísa va bien plus loin, qui accepte de confier son visage et sa longue chevelure à un styliste à l’occasion d’une séance de photos de mode, ou de s’épancher sur sa vie amoureuse pour raccoler les lectrices de Cláudia, un magazine féminin type Marie-Claire.
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