15 octobre 2006

Entre deux tours...

Hortifruti, c’est là que mon épouse et moi achetons une partie de nos fruits et légumes. Au passage nous y buvons un grand verre de jus de pastèque ou d’un mélange revigorant de jus d’orange et de chou (oui, un chou, mais qui a peu à voir avec les choux d’outre-atlantique). Hier après-midi, alors que nous passons à la caisse, l’empaqueteur, tout excité, nous annonce qu’un nouvel appareil de la Gol vient de s’abîmer en mer. Après la collision avec un Legacy au-dessus de l’Amazonie qui a fait 155 morts, le dérapage il y a quelques jours d’un de leurs avions sur une piste de Congonhas, je ne suis pas loin de me jurer ne plus jamais voler Gol.

Mais nous sommes au Brésil, quelque chose me dit qu’il vaut mieux que je vérifie l’information. En fait de Boeing de la Gol, il s’agissait d’un bi-moteur Seneca T-4 d’une compagnie régionale, avec 6 personnes à bord, disparu au large de notre cher Espírito Santo. Ainsi fleurissent les rumeurs au Brésil, et c’est à leur rythme que les opinions ne cessent de fluctuer quant au second tour de la présidentielle. Dans mon entourage, se multiplient les hésitations. Qui a voté au premier tour Lula parle aujourd’hui de changer de camp, qui se disait prêt à voter Alckmin dit y avoir renoncé après avoir reçu par mail une information de première main sur une turpitude dudit candidat que les médias à sa solde se refusent de publier. Une nièce en est à son sixième revirement depuis le soir du premier tour. Rien n’est donc fait, je ne le répéterai jamais assez !

Hier a commencé à Vitória la seconde édition de son festival national de théâtre, dont un des temps forts sera la présentation de deux pièces de Gerald Thomas, Terra em Trânsito et Brasas no Gongelador. Acteur de la MaMa new-yorkaise, ayant travaillé à Paris avec Beckett, Gerald Thomas, dont la réputation de sale caractère n’est plus à faire, daignera néanmoins gratifier Vitória, ce lundi, d’une conférence dont l’organisatrice du festival nous dit devoir attendre le pire comme le meilleur.

En attendant ce qui s’annonce comme ses temps forts, le festival a débuté par une pièce — devrais-je dire une comédie musicale ou une tragi-comédie musicale ? — retraçant la carrière météoritique d’une des grandes gloires de la chanson populaire brésilienne des années trente et quarante, Orlando Silva.

Quatre acteurs sur scène, dont trois qui chantent. Une totale réussite, qui donne envie de redécouvrir Orlando Silva. Si lui-même, mort en 1978, est un peu oublié, il n’en est rien de ses chansons. Cela me donne l’occasion de rendre hommage à ce miracle brésilien qu’est l’extraordinaire capacité qu’ont les foules à connaître par coeur les paroles des chansons. Qu’on songe que la très grande majorité des spectateurs de la pièce n’était pas née pendant les années de gloire d’Orlando Silva ! D’une manière générale, il n’est pas un concert ici où les foules ne reprennent en choeur les chansons, non seulement le refrain mais souvent leur intégralité. Hier soir n’a pas failli à cette merveilleuse habitude. Le moment de grâce ayant été atteint lors du rappel où le public, debout, a entonné a capella un des classiques de la vedette de la soirée, une chanson de soixante années d’âge, face aux quatres acteurs muets d'admiration. Un tel moment de grâce est-il imaginable ailleurs qu’au Brésil, je ne le crois pas.

Ce matin, mon ordinateur me l’a rappelé, le Brésil aurait dû passer à l’heure d´été. Mais la décision a été repoussée, pour cause d’élections le 29 octobre. Il aurait fallu reprogrammer les dizaines de milliers d’urnes électroniques !
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