23 novembre 2006

Chronique de la guerre froide

Si l’exhumation de documents des archives US a plusieurs fois confirmé ce que l’on soupçonnait depuis l’origine, à savoir la participation de Washington dans les coups d’État survenus au Chili ou en Argentine, pareille confirmation vient d’être livrée aux Brésiliens ce dernier dimanche.

Cela se passait sur Globo, lors de la diffusion de son programme dominical Fantástico, un magazine d’actualités grand public, aux relents de sensationalisme aigu où le gore le dispute généralement au sexe.

Carlos Fico, un historien et chercheur de l’université fédérale de RJ a témoigné qu’il avait eu accès aux documents prouvant l’implication de la diplomatie US dans l’éviction du président, fantasque mais élu, João Goulart.

Un des documents, intitulé A contingency plan for Brazil, relate la mise en oeuvre par l’ambassadeur US de l’époque, Lincoln Gordon, d’un plan baptisé par le State Department du joli nom de Brother Sam. Il s’agissait d’éliminer le plus élégamment possible Goulart, réputé peu fiable face à une intervention communiste pilotée par Cuba et l’Union Soviétique.

La suite est connue : le coup d’État, réalisé le 31 mars 1964, porte au pouvoir une junte militaire, dans le plus pur style des golpes d’alors. Ce que l’on sait moins, c’est que ces généraux avaient noué de solides amitiés avec leurs frères d’armes US pendant la campagne d’Italie. Une histoire d’amitié virile, donc. Presque une histoire de famille, entre l’oncle Sam et son frère, un petit frère sans doute, mais un frère d’armes, Brother Sam.

Vingt-et-un ans durant, les militaires dirigeront le Brésil. Jusqu’au retour de la démocratie en 1985. Mais une démocratie bien fragile, qui porte encore les stigmates des années de dictature.

Une démocratie entre les mains d’une majorité de politicards verreux, tous partis confondus, les journaux ne cessent de nous le rebattre. Commentant la récente décision des députés de proposer un doublement de leurs salaires, T me disait qu’elle ne serait pas surprise si, demain ou après demain, les généraux finissaient par faire leur retour au Planalto, tant les représentants du peuple s’acharnent à le trahir. Je ne saurais la contredire...
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