12 novembre 2006

Faut pas pousser mémé dans les orties !

J’ai déjà évoqué les pavés lancés dans la mare chaque samedi par le bien nommé Éric Le Boucher (Le Monde). C’est avec un plaisir, suspect, que j’attends chacune de ses provocations, non pour m’en délecter, mais pour prendre la température de l’opinion, à moindre frais, grâce aux réactions en ligne qu’elles suscitent. On devrait le déclarer d’utilité publique, ELB !

Cette semaine encore, il tape fort. Et non sans raison. Je suis comme lui, les pourfendeurs d’un libéralisme qui n’existe que dans leurs têtes, les apôtres de la décroissance, les oiseaux de malheur de l’effet de serre, ceux-là et les autres commencent sérieusement à m’échauffer les oreilles. Le réchauffement, justement parlons-en ! Depuis quelques jours, un froid polaire s’est abattu sur Vitória et ses environs. Du jamais vu, de mémoire de Capixaba. Le pire, c’est que nous n’avons pas de chauffage dans nos contrées tropicales. Inutile de vous dire que la nuit, nous nous serrons très fort sous les deux malheureuses couvertures dont nous disposons.

Mais revenons à ELB qui, c’est humain, bâcle ses chroniques sans les relire. Qu’a-t-il besoin pour nous convaincre de prétendre que la très grande majorité des pays sont libéraux ? Je n’en connais pas un de pays libéral, j’aimerais qu’il me donne sa liste. C’est pas parce que Georges W. Bush se dit libéral que son pays l’est devenu. C’est pas parce que le Brésil a privatisé la CVRD et quelques opérateurs télécom il y a quelques années qu’il est devenu un pays libéral. C’est pas parce que Lula fait payer les dettes de son pays qu’il est devenu libéral. Et qu’entend ELB par pays ? Parle-t-il des chefs d’État, des gouvernements, des élites, des opinions ? Quel que soit le sens que l’on donne à pays, je me répète, je n’en vois aucun qui ait mis en pratique les principes du libéralisme.

C’est un détail, me dira-t-on. Certes. Mais qui, je ne sais pourquoi, m’a amené à faire un rapprochement. Je voyais ce jour-même, en passant sur TV5, un slogan affiché au-dessus d’un footeux en conférence de presse : « La rage de vaincre ». Cette rage, cette motivation obligatoire, elles me font penser à ce choix qu’auraient fait les pays, selon ELB. Derrière les mots, la vérité toute nue, celle du refus, de l’abnégation, au mieux du jeanfoutisme.

Des salariés motivés dans les entreprises, il doit y en avoir un sur cent. Même chez les patrons, la proportion n’est pas si différente. Mais tout le monde fait semblant. Les footballeurs professionnels, pareil. Après tout, il s’agit de sauver les apparences. Le tout, c’est d’en faire le moins possible tout en gagnant le maximum. Pour arriver à ses fins, l’homo-sapiens-sapiens est prêt à tout, à commencer par les pires saloperies, plutôt qu’à jouer le jeu du libéralisme. De la même façon, dans les pays ex-communistes et encore à Cuba aujourd’hui, personne ne jouait, ne joue, le jeu du communisme.

Il est temps d’en finir avec les mots creux dont sont faits les mots d’ordre et les slogans. Il est temps d’en finir avec ces ismes à la mords-moi-le-noeud. Et que l’on se mette sérieusement au travail. Là-dessus, ELB a raison, c’est en retroussant les manches que l’on évitera une nouvelle ère glaciaire...
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