09 décembre 2006

Au centre de trois cercles

On se souvient du psychodrame boliviano-brésilien qui avait suivi l’occupation militaire des raffineries de la Petrobras en Bolivie. Les adversaires de Lula parlaient d’humiliation, les plus extrémistes rappelaient qu’en d’autres temps on n’aurait pas hésité à remettre la Bolivie à sa place en usant de la force si nécessaire...

En visite, ces dernières heures, en Bolivie, Lula maintient le cap. Rien ne servait de perdre son sang froid, la Bolivie et le Brésil ont plus à gagner dans la coopération que dans la confrontation. C’est donc une relance de l’intégration énergétique régionale qui signe le bilan de cette rencontre entre les deux présidents.

Si d’aucuns, ici et là, s’évertuent à classer les leaders d’Amérique Latine sur une sorte d’échelle de Richter des séismes supposés politico-économiques induits par leurs discours, ils oublient qu’au fond, qu’il s’agisse de Michelle Bachelet, Chávez, Evo Morales ou Lula, rien d’essentiel ne les sépare en terme d’actions. Aucun de ces leaders ne s’attaque vraiment aux malheurs qui accablent leurs pays. Aucun ne lutte sérieusement contre les inégalités sociales, la violence et la corruption, ces deux derniers phénomènes étant pour partie liés au premier. Aucun ne s’engage avec suffisamment de détermination sur la voie du développement durable, dans tous les sens de cette expression en vogue mais qu’il conviendrait de prendre au pied de la lettre.

Si Bolsa Família au Brésil ou l’aide apportée par des médecins cubains au Venezuela permettent — et il ne s’agit pas de mépriser ces deux programmes — de soulager les souffrances des plus pauvres, elles ne contribueront guère à créer les emplois dans le secteur formel, autrement dit à développer l’économie, qui constitueraient le facteur décisif du saut qualitatif qu’imposerait un rapprochement avec ce qu’on appelle ici le premier monde.

Tout n’est pas à désespérer pour autant. Les efforts d’intégration régionale menés par Lula, Evo Morales ou Chávez, quelles qu’en soient les motivations, finiront peut-être par porter leurs fruits. Rappelons-nous simplement que le développement économique des pays de l’Europe occidentale a été pour une large part l’effet d’une intégration progressive à l’échelle régionale car il n’est de développement durable que local en premier lieu, élargi ensuite au cercle régional, et enfin à un troisième cercle, mondial.
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