10 janvier 2007

Diamant de sang

Je ne voulais pas. Elle a insisté. Que ne ferait-on pas par amour ! J’ai donc vu Blood Diamond, le film qui a pour décor la Sierra Leone des années de guerre civile.

Nous n’étions pas seuls, c’était même la foule des grands soirs de blockbusters. Puisqu’on nous dit, ici et là, que ce film porte un message, j’ai pensé un instant, en observant la file d’attente : « C’est fou ce que Leonardo DiCaprio (LDC) est censé faire pour l’Afrique. »

Cette guerre, méconnue en France, est quasi inconnue au Brésil, dont on ne connaît du continent noir qu’une Afrique mythique, celle qui a donné le candomblé, la capoeira, le samba, le goût des gros culs.

Mais revenons au pitch. Sur fond de massacres, un mercenaire rhodésien (comme LDC se définit lui-même) en pince pour les beaux yeux d’une journaliste yankee (Jennifer Connelly) et rêve de s’accaparer un gros diamant rose qu’a découvert un villageois (Djimon Hounsou) avec lequel il va devoir composer.

Avec un tel scénario que l’affiche donnait à pressentir, je craignais le pire. Je n’avais, hélas, pas tort. Parce qu’ils sont trop récents, il y a quelque chose d’immoral à s’accaparer pareils événements pour broder une guimauve sentimentale. Parce qu’il y a loin entre le mercenaire — mais pas trop — à l’écran et les mercenaires qui ont écumé les savanes africaines depuis des décennies, il y a quelque chose de foncièrement malhonnête à édulcorer cette réalité. Parce qu’il y a eu, et qu’il y a pour longtemps encore, trop de souffrances vécues en Sierra Leone, il y a un évident manque de respect envers ses habitants.

Il n’y a pas mille manières de porter à l’écran la Shoah, le génocide au Rwanda ou les massacres en Sierra Leone. Claude Lanzman (Shoah) et Jean Hatzfeld (Une saison de machettes) ont montré la voie à suivre.

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Malgré tout, ce film, que je n’accepte pas — et peut-être parce que je ne l’accepte pas —, a permis qu’entre Brésiliens nous discutions non seulement des qualités d’acteur et de body builder de LDC, mais aussi de cette guerre. Les bandes de pillards qui, en Sierra Leone, se livraient au trafic de diamants pour s’acheter la drogue, les armes et les machines à cracher du gangsta rap, sont-elles si éloignées des comandos qui écument les favelas, d’où ils contrôlent trafics de drogues et d’armes ? Revolutionary United Front (RUF) en Sierra Leone, Primeiro Comando da Capital (PCC) ou Comando Vermelho (CV) au Brésil, même combat ?
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