14 avril 2007

Der rote Kakadu

Der rote Kakadu a mis un an pour se poser à Vitória. Plus étonnant est que ce Perroquet rouge ne semble pas être encore passé par la France. Il aurait été pourtant utile aux Français d’avoir un aperçu de ce qui les attend lorsqu’ils auront élu un gouvernement Sarkozy Le Pen. Même si le film de Dominik Graf ne saurait leur dire ce que serait l’intitulé de l’équivalent français de la Stasi.

Je me souviens de mes virées à Berlin Est entre 1961 et 1989. Nous prenions le métro pour changer de pays, de paradis et de paradigme.

Je me souviens d’une fin d’après-midi en hiver, Dieter et moi traversions un parc d’attraction désert le jour de sa fermeture hebdomadaire. Le faite des arbres était noyé dans un brouillard épais. Nulle âme qui vive sur notre chemin. Qu’importait pour Dieter, il fallait aller au bout du chemin que nous avions décidé de suivre.

Je me souviens que nous avons fini par rencontrer un jeune, chevelu comme nous, qui nous a emmené dans une maison cachée dans la forêt.

Je me souviens d’Ernst-Ludwig Petrowski faisant sonner le free jazz le plus libre possible, que les Afro-américains les plus radicaux du ghetto auraient été bien incapables de sortir de leurs tripes.

Je me souviens avoir fini la nuit avec deux Allemandes, chacune sur un de mes genoux. La nuit finissait à minuit, faute de pouvoir rester côté oriental jusqu’au petit matin.

Je me souviens que la bière était excellente et ne valait rien, pour nous qui avions changé nos marks au marché noir.

Der rote Kakadu est un club de Dresde qui en 1961, quelques mois avant la construction du mur, faisait danser la jeunesse locale et anti-sociale au son des rockers impérialistes et décadents. A-t-il vraiment existé ?

Je me souviens de la lecture du journal que Viktor Klemperer a tenu entre 1933 et 1945.

Je me souviens du dîner chez Ghislain, traducteur de ce journal, en présence de la veuve et seconde épouse de Victor K.

Je ne me souviens pas en quelle langue nous avons parlé lorsque je l’ai raccompagnée à son hôtel de la rue Jacob.

Je me souviens de ces anciens de la Gestapo qui ont rejoint illico presto la Stasi. Je me souviens de Werner Von Braun qui a aidé les Américains à mettre le pied sur la Lune.

Je me souviens de ces Français qui ont dénoncé mes parents, dont le seul tort était de porter un mauvais patronyme. Je me souviens de cet officier allemand qui ne leur a pas donné crédit.

Je sais que ces Français ne sont pas morts et qu’ils n´hésiteront pas à envoyer ceux de ma famille dans les camps qu’ils construiront si, par malheur, Sarkozy Le Pen arrivent dans quelques semaines au pouvoir.

Je me souviens de Georges Perec.
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