20 avril 2007

Grimaces

— Alors, Francis, il y a des élections en France ?

C’est Viviane, la fille du patron, qui m’interpelle alors que je place mon assiette de feijoada sur la balance. Fichtre, on dirait que TV Globo a vendu la mèche ! Je me contente de confirmer. Cela ne fait pas de doute, elle souhaitait m’entendre en dire plus, lui confier pour qui j’allais voter, par exemple. La curiosité des Brésiliennes est sans limite...

Je suis en train de trier les oreilles et la queue du cochon, peut-être un cochon qui a été tué dans l’arène, quand Antonio, le patron et père de Viviane, vient me demander si tout va bien. J’adore touiller le riz, les haricots, les quartiers d’orange, les herbes amères. C’est donc délicieux.

— Les deux principaux candidats, la socialiste et l’autre, n’arrêtent pas de faire des grimaces, me dit Antonio en posant un bras sur mes épaules.

Je ne l’avais pas remarqué, mais je dois avouer qu’après y avoir prêté attention, Antonio n’a pas tort. Il y a quelque chose de figé dans le sourire de Ségolène, quelque chose de forcé. Quant à l’autre, dont le nom est trop compliqué à mémoriser, la mâchoire menace de se détacher d’un instant à l’autre, au passage d’une menace vociférée plus haut qu’une autre. Sur ce plan-là, il est indéniable que l’autre a pris des leçons auprès de ses aînés, Chirac et Le Pen, dont il est l’improbable incarnation d’un fils putatif.
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