07 juin 2007

Flash-back sur RCTV

Je lis avec gourmandise et un certain amusement les commentaires publiés en France sur l’interdiction de fait de la chaîne de télévision vénézuélienne RCTV. D’un côté, l’on critique l’atteinte à la liberté de la presse, de l’autre on défend la décision de Chávez en soulignant que RCTV ne cessait d’appeler au meurtre d’un président démocratiquement élu.

Je ne connais pas le Venezuela, mais j’ai toutes les raisons de penser que la consommation de télévision s’y apparente à celle que j’observe au Brésil. Chaîne privée, RCTV était sans doute plus proche de Globo que de TF1 ! Surtout, le comportement des téléspectateurs du Venezuela est sans doute plus proche de ceux du Brésil que de France ou d’Europe.

Si la télévision est omni-présente au Brésil — il est difficile d’échapper à un écran, que ce soit dans les services administratifs où l’on attend son tour, les cabinets médicaux et les hôpitaux, les bars et les restaurants —, l’attention qui lui est portée est inversement proportionnelle à sa prolifération. De plus, il est très rare que les Brésiliens — et probablement est-ce la même chose des Vénézuéliens — regardent seuls les programmes. Ainsi, les commentaires des téléspectateurs sont incessants et finissent par se perdre dans l’anecdotique des vies réelles, bien loin de ce qui leur est jeté en pâture. Ce sont d’ailleurs quelques unes des raisons pour lesquelles les novelas se traînent en longueur et que les journaux, tous les journaux, publient chaque jour leur résumé.

Mais venons en à la perception de l’information. Des journaux télévisés ponctuent la journée, comme en France ou ailleurs. Toutes les enquêtes le montrent : taux d’audience médiocres si on les compare à ceux des novelas, taux d’attention quasi nuls, sauf aux moments consacrés au football. Cela explique en grande partie pourquoi le matraquage d’informations orientées, des mois durant, contre Lula de la part de Globo ou contre Chávez par RCTV n’a en rien gêné leur réélection.

Je ne doute pas que Chávez sache qu’il aurait pu continuer à étendre son emprise sur la société vénézuélienne sans fermer le robinet à novelas qu’était RCTV, telle que perçue par ses spectateurs très majoritairement chavistes. Par conséquent, force est de conclure que ce qu’il n’a pas supporté est le crime de lèse-majesté, l’atteinte faite à son ego, l’incapacité maladive à souffrir la moindre critique.
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