21 juillet 2007

Homo Brasilianis

Horto est une sorte de marché couvert. Mais un marché couvert où l’on vendrait surtout les charmes de tel ou tel village de l’Espírito Santo, où l’on boirait un café labellisé orgânico produit par de petits producteurs de nos montagnes, où l’on dégusterait les spécialités locales qui restent à découvrir aux terrasses de restaurants pas encore ouverts. Et où l’on ferait accessoirement quelques courses.

S’agit-il d’un nouveau concept inventé par un marqueteiro capixaba ? Ou, à tout le moins, est-ce que Horto a été vendu comme tel à Paulo Hartung, notre sympathique gouverneur promis à un grand destin national, et à João Coser, notre João la Gaffe et accessoirement maire ?

Comme me le fait remarquer Rogério, avec qui je viens de faire connaissance en sortant des lieux, ça a au moins le mérite de changer le visage du quartier. Il est vrai que la favela qui grimpe à son côté semble avoir pris un coup de jeune dans cette affaire ! Encore faut-il que je précise que la municipalité offre la peinture aux favelados qui ne louent pas leur casinha à plus pauvres qu’eux...

Retraité de la marine après trente ans de service, Rogério s’est reconverti sans difficulté dans une activité connexe et portuaire qui doit sa croissance exceptionnelle aux coups d’éclat de la Bin Laden Corporation. Inmanquablement, la conversation dérive assez vite vers Congonhas, comme toutes les conversations que j’ai eues cette semaine. Et de Congonhas débouche assez vite sur l’incurie du gouvernement et, embrayant aussitôt, sur la responsabilité collective du peuple brésilien.

Le portrait que Rogério brosse de l’Homo Brasilianis est si noir que je me demande ce que je fais ici, dans cette ville, dans ce pays. Ce même portrait, on me l’a débité dix fois, vingt fois, trente fois, depuis mercredi. Et, pour ne rien arranger, je l’ai lu dix fois, vingt fois, trente fois sur les blogs brésiliens, ceux des chroniqueurs de la Folha de São Paulo comme ceux des blogueurs amis.

On dirait — et le conditionnel n’est pas superflu — que cette fois il y a quelque chose qui ne passe pas. On dirait que tout y concourt depuis la catastrophe, les maladresses, les bêtises, les obscénités, les lâchetés, les manifestations d’incompétence de ceux qui nous gouvernent.

En hommage aux deux cent victimes, deux cent personnes se sont allongées sur le sol de l’aéroport de Porto Alegre pour que le Brésil se relève. Rogério n’y croit pas. Et multiplie les exemples et les arguments pour m’ôter aussitôt tout espoir.

Sur le chemin du retour, je m’accroche à ces Brésiliens pour qui ça ne passe pas. Je m’accroche, paradoxalement, à Rogério. Je me dis que cela ne peut pas être aussi noir, qu’un sursaut reste possible.

Et puis, ce soir, la télé nous balance les images des obsèques d’ACM (Antônio Carlos Magalhaes, sénateur de Bahia), décédé hier matin. Comment résumer par une formule ACM pour mes lecteurs français qui ne seraient pas familiers de la politique brésilienne ? En disant, par exemple, que le comparer à un Charles Pasqua puissance dix serait lui faire trop d’honneur ? Les foules se pressent autour de son cercueil, les foules agitent des mouchoirs blancs au passage du convoi funéraire, les foules pleurent.

Ne me reste plus qu’à donner raison à Rogério...
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