03 juillet 2007

À la Saint Pedro, ils vont en bateau

C’était dimanche, c’était pour la 79ème fois à Vitória la procession maritime de la Saint Pierre. Le stigmate d’un monde ancien, qui résiste encore en Amérique latine, celui où les années étaient rythmées par les fêtes, pas de ces fêtes d’aujourd’hui à vocation essentiellement commerciale qui se multiplient et s’oublient, sitôt les paquets cadeau éventrés.

Nous avons pris place, en famille et entre amis, sur un bateau de pêche, le Samuel IV. En tout, plusieurs milliers sur 129 embarcations. Tous dans le sillage du bateau de proue où avaient pris place la figure du Saint, le prêtre de la paroisse des pêcheurs pécheurs, le maire et ses invités.

Il y avait quelque chose de magique à nous élancer tous dans la même direction, vers le port industriel dont les quais bordent le centre historique de la ville. Ce n’est, et de loin, plus le grand port de l’agglomération, mais c’est le seul qui nous parle encore un peu, lui aussi, d’un monde révolu, celui où les marins débarquaient du monde entier pour tirer un coup après avoir tiré quelques bières. Aujourd’hui, les marins ne descendent plus de leurs navires et tirent leur crampe à coups de films pornos passés en bouche sur les télés de leur cabine.

Concessions au monde moderne, un thème est désormais chaque année imposé à la procession et une compétition récompense les meilleurs. Cette année, il s’agissait de sauver la Terre, celle qui en toute logique devrait s’appeler planète Mer. Comme il semble qu’il y a péril en la demeure, je ne cracherai donc pas dans la soupe, chaque occasion de marteler le message étant bonne à prendre. Mais il en faudra sans doute beaucoup plus pour convaincre les foules de changer, ne serait-ce que d’un iota, leurs habitudes.

Une matinée à caboter, ça creuse. De retour au port de pêche, les marins, leurs familles et leurs invités se dirigent tous vers Praia do Suá. Il y a 50 ans, c’était un village de pêcheurs, c’est aujourd’hui un quartier de Vitória en pleine mutation où les vieilles maisons se font avaler par les commerces et les condomínios récents ou en construction. Toutefois, une rue maintient le cap, avec ses poissonneries, ses bars et ses botequins. Les musiciens nous y conduisent au son du congo, et les vieilles femmes en robe d’apparât bleues et blanches, couleurs de la mer par beau temps.

C’est l’heure de descendre des bières sans compter, c’est l’heure de picorer à mains nues dans les assiettes qui circulent emplies de poissons aux noms à nageoires multiples donnés par les Tupis. C’est l’heure de retrouver le temps des communautés anciennes où, les jours de fête, le particulier se fondait dans le goupe, où jeunes et moins jeunes, pauvres et moins pauvres festoyaient ensemble, où les hommes reluquaient les femmes et où les femmes avaient le dernier mot.

São Pedro - procissão marítima - procession maritime

Quand Jonas se sera remis de ses excès dominicaux, d'autres photos de la São Pedro seront disponibles sur Flickr et sur son blog.
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