31 août 2007

Un secret bien placé

— Et un, et deux, et trois...
Celui qui marque le rythme a une voix fluette, étrange dans cet univers consacré au culte des corps. Dans mes lointains souvenirs, ceux des nombreux établissements scolaires par lesquels je suis passé, les profs de gym s’époumonnaient virilement quand il s’agissait de nous pousser à l’effort, et plus encore quand ils nous engueulaient, fainéants que nous étions. C’était l’époque où j’en chiais sur un vélo à escalader des côtes de quatrième catégorie loin derrière les copains, le temps maudit où je me faisais éclater les arcades sourcilières en montant au filet, le temps jadis où je m’évertuais à rester debout sur des patins à glace quand les plus hardis virevoltaient psychédéliquement autour des filles pour, pensaient-ils, mieux les draguer.

Moi qui ne pratique aucun sport depuis longtemps et qui ai fait mienne la devise de Sir Winston pour me maintenir en forme — No sport! —, je m’amusais hier soir, au milieu de cette academia, en repensant aux années scolaires, un verre de caipirinha à la main, observant les corps s’adonner à la torture, sans autre contrainte que celle de la dictature des modes et du prêt-à-penser.

— Tu vois, me disait ma dame de coeur, toutes ces filles ont le même cul, grâce aux excercices qu’elles pratiquent, des exercices étudiés pour modeler le cul brésilien, rebondi et proéminent.

C’était donc ça leur secret, qui expliquait que des anatomies d’origines italienne, allemande ou ukrainienne parvenaient à rivaliser avec les bumbuns, bundões, bundonas, bundanas, bundaças¹ angolais, le must du cul brésilien.
— Et un, et deux, et trois...

(1) Tous ces mots, qui désignent la partie charnue du corps formée par les fesses, sont dérivés du mot bunda, d’origine quimbundo ou kimbundu, langue des Bantous d’Angola.
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