14 novembre 2007

Garota de Ipanema

« Passer le cap de Bonne Espérance » : j’ignore si, ailleurs qu’au Brésil, cette expression signifie passer la soixantaine. Qui a passé le cap est Heloísa Eneida Menezes Pais Pinto, plus connue sous le nom de Helô Pinheiro, et plus connue encore comme étant l’universellement chantée Garota de Ipanema.

L’histoire est connue. Souvent installé à la terrasse d’un bar, à l’angle des rues Montenegro et Prudente de Morais, sirotant une bière, Vinícius de Moraes voyait passer la même fille en direction de la plage, la carioca idéale, corps bronzé, mélange de fleur et de sirène, lumineuse et gracieuse, selon les propres mots de Vinícius.

C’était en 1962. Tom Jobim et Vinícius avaient pris l’habitude de la guetter. Mais laissons parler Vinícus : « L’air paraissait plus léger, comme pour lui faciliter le balancement divin de sa marche. Elle passait en toute beauté, la fille d’Ipanema, déployant sur son parcours la géométrie spatiale de son balancement de samba, dont la formule aurait échappé même à Einstein ; il avait fallu un Antônio Carlos Jobim pour demander au piano, en toute intimité, religieusement, la révélation de son secret. »

Qui n’a jamais vu passer, ne serait-ce qu’une fois, sa garota de Ipanema, à Rio ou à Brisbane, à Addis-Abeba ou à Denpasar, à Paris ou à La Havane, ne sait pas ce qu’est le bonheur de vivre, ce moment où l’on se dit que, malgré tout, il avait valu la peine d’avoir fait étape sur cette planète.

Helô n’avait su que trois ans plus tard qu’elle était la garota de Ipanema, lorsque Vinícius avait révélé la source de son inspiration : « Elle a été et reste pour nous le modèle de la jeune pousse carioca [...] dont la vision a aussi quelque chose de triste, en donnant le sentiment de la jeunesse qui passe, de la beauté qui nous échappe — c’est un don de la vie au travers de son constant flux et reflux, entre beauté et mélancolie. »

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...