05 décembre 2007

L’exode

Ils ont quitté le Brésil pour les États-Unis, soit avec l’idée de revenir au pays après quelques années à travailler dur et économiser le maximum, soit avec le projet de s’y installer définitivement en espérant obtenir la green card. La plupart ont voyagé en avion et ont passé les services de l’immigration avec un visa de tourisme. Ils ont obtenu au plus vite un permis de conduire, sésame indispensable, non seulement pour se déplacer dans des villes où les transports en commun sont peu développés, mais aussi pour passer les fourches caudines de la plupart des formalités administratives.

Comme dans les années cinquante les Portugais en France, ils ont majoritairement opté pour le secteur du bâtiment. Pour atteindre leurs objectifs, ils ont travaillé ou travaillent encore quinze heures par jour. Les plus entreprenants ont ouvert leur propre entreprise, où ils ont embauché presque exclusivement des compatriotes.

Depuis quelques mois, ils sont des dizaines de milliers à être rentrés au Brésil avec un aller simple. Actuellement, les réservations sont pleines jusqu’en février 2008. De Boston à Pompano Beach, le constat est le même. L’exode a atteint un tel niveau que, dans certaines villes, les propriétaires commencent à éprouver des difficultés à trouver un plombier ou un peintre en bâtiment.

Quand ils sont arrivés, un dollar valait quatre reais. De toutes les monnaies, le real est celle qui s’est le plus valorisée ces deux dernières années, face au dollar, mais aussi face à l’euro. Il y a quelques semaines, le dollar ne valait plus que 1,70 reais. À quoi bon s’échiner quinze heures par jour pour envoyer au pays des miettes, qui ne permettent plus de payer les traites des maisons qu’ils se sont fait construire à Governador Valadores ou à João Pessoa ?

Et puis il est devenu impossible de renouveler le permis de conduire. Les nouvelles lois anti-immigration s’appliquent désormais. Courir le risque de l’arrestation et de la déportation pour quelques dizaines de milliers de misérables dollars, le jeu n’en vaut plus la chandelle.

Pour certains, le retour aux réalités brésiliennes n’est pas facile. Ce qu’ils trouvaient naturel avant d’émigrer ne leur paraît plus acceptable. Leur niveau d’exigence a augmenté sensiblement. Cela constituera-t-il une chance pour le Brésil ?
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...