14 janvier 2008

Anachronies (2)

Elle et lui avaient en partage un lieu où ils n’avaient jamais mis les pieds. Un lieu dont leurs pères ne leur avaient jamais parlé. Elle avait su, au détour d’une conversation. Elle ne saurait que ça, qu’il s’était battu là, avec les 25.000 Brésiliens du Corps expéditionnaire, puisqu’il n’était plus là pour en faire le récit. Lui, ne l’avait découvert que le lendemain des obsèques. Un livret militaire y était comme caché dans une armoire, l’armoire de la chambre de ses parents. Comme s’il y avait des victoires dont on pouvait avoir honte, des blessures que l’on pouvait vouloir dissimuler.

Cette bataille, c’était Monte Cassino. 1944. Plus de 50.000 morts du côté des Alliés. Mais il y avait peut-être bien pire. Les historiens en débattaient. Sur le terrain, aujourd’hui encore, de sales réputations continuaient de se répandre.

Leurs pères avaient combattu côte à côte. Sans doute ne s’étaient-ils jamais rencontrés. En dépit de l’océan qui les séparait, leurs enfants avaient comme réparé un oubli. Était-ce le prix à payer ? Était-ce, au contraire, la récompense des services rendus ? Était-ce le signe d’une fidélité par-delà les générations ?

Les histoires de famille, comme l’Histoire, étaient ainsi faites qu’elles laissaient affleurer les questions sans réponse.

à suivre
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